« Le dialogue au lieu de la force »

Deux rassemblements ont été observés en une seule journée, devant le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, par les praticiens et les psychologues de la santé publique. Les mouvements sociaux en cours ou à venir, pour le moins que l’on puisse dire, affirment que la société algérienne vit un profond malaise, dû essentiellement « aux promesses fallacieuses du gouvernement », selon les meneurs de ces actions. Comme prévu, les praticiens de la santé publique ont tenu hier un sit-in devant le département de Saïd Barkat pour dénoncer « le mépris » et « le laxisme » affichés par leur tutelle. Prés de 2 000 praticiens généralistes, spécialistes, chirurgiens dentiste et pharmaciens ont répondu à l’appel de leur organisation. Seulement, comme à l’accoutumée, un cordon de sécurité a été mis en place, bien avant 10h, interdisant ainsi aux manifestants d’atteindre le ministère de la Santé.

Les matraques et les boucliers à la main, une trentaine de brigades de l’anti-émeute se tenaient devant la tutelle, prêt à agir à la moindre réaction des praticiens grévistes. Dès que ces derniers ont commencé à avancer vers le ministère de tutelle, les forces de l’ordre ont été sur place dépêchées pour barricader l’entrée menant vers la tutelle.

Hier encore, la déception se lisait sur les visages de ces médecins, qui espéraient seulement avoir une oreille attentive à leurs doléances.

Rassemblés derrière de grandes banderoles, des médecins brandissent des rectangles de carton rouge. Ils lancent « Carton rouge pour Barkat », « Praticiens généralistes et non pas terroristes », « Ministre incompétent, à bas la répression », « One, two, three, où va la santé? ». Des pancartes sont brandies par les protestataires sur lesquelles on pouvait lire : « A vous la Sonatrach, à nous la matraque », « La santé publique en danger », « Praticiens de la santé publique, le vrai danger ». Ces protestataires qui ont plusieurs mois, multiplié les actions de protestation sur le terrain, ont déploré l’attitude des pouvoirs publics qui ont préféré la politique de force au lieu de celle du dialogue. Pourtant, ces médecins ont frappé à toutes les portes dans l’espoir de voir leur situation enfin régularisée, en vain.

Le Syndicat national des praticiens de la santé publique (Snpsp) menace de déposer une plainte contre l’administration de la santé publique au niveau du bureau international du travail.

Ce syndicat a adressé une lettre au président de la République dans laquelle il demande une audience pour la prise en charge effective de leurs revendications. « Pour la première fois, nous voyons les portes de la tutelle fermées, le jour de la réception, alors que notre rassemblement est pacifique », fulmine le président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP), le Dr Yousfi, qui ajoute à l’adresse des pouvoirs publics : « Vous ne diminuerez en rien notre détermination, nous persévérons notre lutte quels que soient les moyens déployés ».

Nullement désespérés par le silence de leur tutelle, les praticiens de la santé publique se sont donné rendez-vous pour un autre rassemblement mercredi prochain devant le Palais du gouvernement. Trois fourgons des forces de l’ordre ont été dépêchés dès que les psychologues ont commencé à scander. Le Syndicat national des psychologues (Snapsy) a été invité hier au ministère pour essayer de trouver une solution à leur problème. Prévue pour 10h, cette rencontre qui a été par la suite reportée à 15h, a été une nouvelle fois reportée pour une date ultérieure. « Cela renseigne sur la non-disponibilité de la tutelle, à essayer de trouver un terrain d’entente à cette crise qui a trop duré », a tonné la même source.

Lemya Ouchenir