Souvenir de guerre

« Les chouhada ont en réalité 2 770 jours à commémorer étant donné que la guerre de libération a duré sept ans et demi et chaque jour il y a eu des chouhada qui sont tombés au champ d’honneur », dira le représentant du bureau de wilaya de l’organisation des moudjahidine lors de son intervention à Tizi N’berber, jeudi matin à l’occasion de la célébration de la journée du Chahid laquelle correspond plutôt, comme il tiendra à le souligner, à la date de création de l’organisation des enfants de chouhada. Même si cette date symbolique a été célébrée à travers quatre localités de la wilaya, la commune de Tizi N’Berber a eu l’honneur d’en être la tête de file en recevant une forte délégation composée d’autorités locales et autres personnalités, à leur tête le wali et le président de l’Assemblée populaire de wilaya. Outre, le représentant de l’organisation des moudjahidine, un membre du bureau de wilaya des enfants de chouhada a aussi pris la parole pour prononcer une allocution dans laquelle il demandera au gouvernement algérien de porter plainte contre les Egyptiens qui ont brûlé le drapeau algérien notamment leur organisation des avocats. Après ce protocolaire devant le siège de la Mairie de Tizi N’Berber, la délégation a pris la direction du village de Tiboualamine où tomba dans la région, à savoir le grand douar d’Oued Marsa, le vendredi 19 décembre 1955, le premier martyr de la révolution. Feu Messaoud Belaiouar, jeune officier de l’ALN à l’âge de 28 ans et originaire de Sidi Abdelaziz dans la wilaya de Jijel, se trouvait dans la région en compagnie de quelques combattants pour sensibiliser les habitants à rejoindre les rangs de l’armée de Libération nationale. Après le dépôt d’une gerbe de fleurs sur sa tombe, la délégation s’est rendue au collège d’enseignement moyen d’Imdane, village voisin, où son compagnon d’armes, Si Amar Seghir en l’occurrence, venu spécialement de Jijel pour la circonstance, a relaté les faits qui s’étaient produits en cette triste journée et le fera en présence du fils du martyr, lui aussi venu spécialement pour y assister. Ce dernier nous dira que son père tombé au champ d’honneur l’avait laissé âgé de quatre années seulement. Profitant de ces moments historiques, nous avons approché Si Smail Haddadi, ancien officier de l’armée de libération nationale, lequel nous parlera de sa rencontre avec Benyoucef Benkhedda et Krim Belkacem qu’il accompagnera jusqu’en Tunisie durant le mois de Ramadhan de l’année 1957. Outre ces deux personnalités, il avait dans la même journée rencontré Abane Ramdane et Saâd Dahleb venus d’Alger pour partir sur l’ouest au moment où ses deux compagnons ont pris la route de l’Est en sa compagnie avant d’être rejoints en cours de route par Lakhdar Bentobbal. En Tunisie, il fera la connaissance du colonel Amirouche qui était là pour mettre un terme à la guéguerre des combattants de la zone Est. En jetant un coup d’œil à l’exposition des photos prises durant la guerre de Libération faite par l’association Aokas-Mémoires que préside le moujdahid Kasri Abdelkader, nous avons constaté que Si Smail a pris des photos avec tous les grands de la guerre y compris l’ex-président du HCE, Ali Kafi. Durant notre conversation, Si Smail dira que l’Egypte ne nous a pas aidés à proprement parler étant donné qu’en réalité ils nous ont plutôt vendu les vieux fusils que leur ont laissés le Anglais. Par contre, il rendra un grand hommage à feu le général Kassem d’Irak qui envoyait au moins deux avions d’armes par semaine sur Benghazi en Libye tout en précisant que la majeure partir de notre arsenal a été acquis avec l’argent de nos émigrés en France. Concernant le projet de loi criminalisant le colonialisme, il dira qu’il a été initié pour répondre au projet honteux de loi français mettant en valeur le côté positif du colonialisme. D’ailleurs, il rajoutera que la demande de levée du secret défense sur les essais nucléaires de Reggane qui ont fait énormément d’irradiés et de malades dont l’origine est imputable à ces essais, rentre dans le même cadre. Après notre entretien, nous avons été conviés en compagnie de l’ensemble des invités fort nombreux à un couscous digne des grandes cérémonies. Après cela, la délégation s’est rendue à Aokas pour visiter l’ex-centre de torture sis à la ferme Tourneux. Sur les lieux, Abderrahmane fils du chahid Akli Boukendouf de Melbou, dira qu’il est temps de penser à restaurer et préserver ce lieux historique pour éviter qu’il ne tombe en ruine comme ce fut le cas pour l’ex-caserne de Djellal dans le commune voisine de Souk El Tenine. D’ailleurs, il rajoutera que cela se fera conformément à la loi 99/07 relative au moudjahid et au chahid laquelle insiste sur la préservation des lieux historiques. En abordant cette loi, il remettra en cause ses textes d’application qui sont intervenus une dizaine d’années plus tard lesquels lèsent les fils de chahid sortis en retraite avant janvier 2008. En effet, selon celui-ci, ceux de la Fonction publique n’ont pas bénéficié de catégories de bonus, ni de promotion exceptionnelles à l’instar de leurs collègues du secteur économique. Enfin, en résumé ce fils de chahid suggère que toute commémoration soit faite comme celle d’aujourd’hui, à savoir une journée festive et non une sorte de journée protocolaire. C’est aux environs de quatorze heures que s’est achevée la cérémonie organisée par la commune de Tizi n’Berber.

A. Gana