Une campagne contre la réconciliation nationale

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L’association El Somoud des familles des victimes enlevées par les groupes armés islamistes, l’Association nationale des familles des disparus et SOS disparus se mobilisent. Elles ont décidé de se serrer les coudes et de mener une action commune dans l’optique de contrecarrer le projet de Bouteflika qui sera proposé au peuple à référendum le 29 septembre prochain. Une contre-campagne à celle déjà initiée par certaines formations politiques qui ont fortement soutenu l’idée du président de la République sera lancée par ces trois organisations afin de sensibiliser l’opinion publique autour de ce qu’elles qualifient de « charte de l’impunité ». Plusieurs sorties sont programmées à l’intérieur du pays et même à l’étranger. Lors de la conférence de presse animée hier à Alger, les portes parole des ces organisations se sont montrés déterminés à persévérer dans leur combat et de ne pas se soumettre « au fait accompli » jusqu’à leurs cris de détresse soient entendus. Ils comptent, si aucun écho favorable ne leur parvienne des décideurs algériens, de « internationaliser la question » en saisissant les instances internationales telles que l’ONU, l’amnistie internationale, le tribunal pénal international, les ONG et d’autres organisations. « Le dossier des disparu n’est pas clos, il restera ouvert tant que la vérité n’est pas dévoilée et la justice n’est pas rendue », dira Merabet de l’association El Somoud. Indigné, ce dernier se dit ne pas comprendre la démarche du président, qui selon lui, manque de clarté. Réconcilier qui avec qui au sujet de quoi ?, s’est-il interrogé. Voulant répondre, l’orateur a déclaré : « Nous ne savons pas si le pouvoir veut se réconcilier avec ses forces de sécurité accusées d’être derrière les disparitions de 6146 personnes donc présumées coupables avec le parti dissous et ses groupes armés accusés d’être responsables d’assassinats de 200 000 personnes, d’enlèvement de 10 000 autres et de viol de 3000 femmes, ou bien réconcilier le peuple avec les terroristes ou le pouvoir avec ses derniers » Après avoir exposé ses hypothèses sur la charte pour la paix et la réconciliation nationale, Merabet tranche avec fermeté que  » s’il s’agit de réconciliation au sujet des crimes contre l’humanité, nous sommes prêts à entendre la vérité et les demandes de pardon, mais s’il s’agit par contre d’une réconciliation ente deux parties de coupables de crimes contre l’humanité sur notre dos, nous disons non « . Lui emboîtant le pas, Mme Lila Ighil de l’Association nationale des familles des disparus, a insisté sur le fait que  » la réconciliation ne pourra pas se faire sans nous, c’est avec nous ou elle ne sera pas crédible « . Toujours sur le même ton de colère et d’indignation, elle fulmine, tout en décréditant le référendum du 29 septembre, que « c’est nous les premiers concernés donc nous sommes les premiers à avoir droit à cette paix, mais nous n’accepterons jamais qu’elle soit constituée sur le dos de nos enfants victimes. Nous ne pouvons pas tourner la page sans la lire et sans que les auteurs des crimes ne soient jugés. Arrêtons donc de leurrer les gens en leur disant que c’est eux qui vont décider à travers les urnes. Arrêtons donc les mensonges. » Mme Yous de SOS disparus, a, de son côté interpellé, les autorités publiques de réouvrir le dossier des personnes enlevées, car, estime-t-elle,  » ils sont nombreux ceux qui sont toujours vivants, séquestrés dans des prisons et dans des caves « . Celle-ci profite de l’occasion afin de couper court à toute spéculation faisant état aux manipulations opérées par des forces occultes sur les familles des victimes de terroristes. Par ailleurs, les animateurs de la conférence interpellent les autorités publiques d’ouvrir le débat et d’organiser un face-à-face sur le plateau de la télévision algérienne.

Wassila Ould Hamouda

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