Pour la deuxième et dernière journée du colloque organisé par le Haut commissariat à l’amazighité sous le thème : “L’évolution de la langue et littérature amazighes depuis l’indépendance à nos jours”. Plusieurs communications ont été présentées par une pléiade de spécialistes qui ont, dans leur majorité reconnu les efforts consentis dans l’objectif de la promotion de la langue amazighe.
De Sidi Bel-Abbès : Mohamed Mouloudj
Melle Amel Bellouche, doctorant au laboratoire Lidilem de l’université de Grenoble-Stendhal 3, qui a traité de la thématique : “quelle influence de tamazight sur l’apprentissage des langues en Algérie ?», a estimé que “les langues de communication et de scolarisation varient selon les situations et les locuteurs», dans le sens où, “à l’oral, une prédominance du contact des locuteurs avec d’autres langues”. Melle Bellouche qui travaille sur les enfants de la ville de Bgayet, pose deux hypothèses, dont la première consiste en la présence à Bgayet d’un métissage dans les échanges sociaux, y compris chez les jeunes enfants. La deuxième hypothèse est relative au fait de ce métissage des langues, les élèves mobilisent des compétences plurilingues et plurillitéraciées acquises dans d’autres langues, en l’occurrence le kabyle, entre autres, pour apprendre le français. Par ailleurs, et en traitant son sujet, Melle Bellouche a indiqué qu’en Algérie “la langue amazighe vit en contact avec d’autres langues, son isolement scolaire et social ne peut que lui nuire”. De son côté Abdellah Nouh, enseignant au département de langue et culture amazighes est revenu, dans son exposé sur “l’expérience d’enseignement de la langue amazighe depuis deux décennies, état et perspectives”. Selon lui, l’ouverture de deux départements de langue et culture amazighes à Tizi-Ouzou et Bgayet depuis 1990, constitue un pas géant dans la promotion de cette langue et culture. Après des statistiques détaillées sur le nombre d’étudiants, de thèses soutenues… Evoquant les différentes étapes vécues par la langue amazighe, M. Nouh a estimé qu’au moment où tamazight faisait objet d’un intérêt particulier chez des chercheurs américains, canadiens et même soviétiques, elle était interdite dans son propre pays. Pour sa part, Yacine Zidane a traité le thème : “Stratégie d’enseignement de tamazight à l’université. Quel contenu pour quel objectif”. Le conférencier a pris le cas du département de langue et culture amazighes de Bgayet pour appuyer sa thèse. Lors de son allocution, M. Zidane a relevé le “paradoxe” entre la formation dispensée aux étudiants durant leur cursus universitaire et la formation dispensée par le HCA pour les former en tant qu’enseignants. Pour lui, la formation reçue durant les quatre années de fac, sont elles insuffisantes pour les apprenants ? Sur l’enseignement, il a estimé que pour aborder ce sujet, il faut au préalable “établir une chronologie et un aperçu global sur cet enseignement”. Il a annoncé que l’université de Bgayet “offre une nouvelle configuration de formation amazighe et cela en introduisant le nouveau concept LMD”. Sur ce point, M. Zidane s’est questionné sur l’objectif de cette nouvelle méthode. Servira-t-elle à former les étudiants sur les principes de recherche ou vise-t-elle uniquement à les former pour la vie professionnelle ? D’autre part, M. Zidane a donné des statistiques quant au nombre, en continuel augmentation, des étudiants en langue et culture amazighe. Samia Merzouki, maître-assistant au DLCA de Tizi-Ouzou a abordé l’enseignement du kabyle aux étudiants arabophones. Dans son exposé Melle Merzouki a souligné que ces quatre dernières années “une augmentation régulière du nombre d’arabophones qui viennent s’inscrire au département de langue et culture amazighes de Tizi-Ouzou est en nette augmentation”. Ces étudiantes et étudiants se retrouvent ainsi face à l’obligation d’apprendre le kabyle à l’âge adulte et d’intégrer la vie éstudiantine au sein du département. Melle Mezouki a traité des efforts consentis par le département “pour offrir les meilleures conditions d’accueil et d’intégration à ces étudiants”. Pour elle, les difficultés rencontrées sont, entre autres, “les interférences phonétiques, et les interférences de prononciation, la mélodie et le rythme, les phonèmes, comme les voyelles” ainsi que, l’influence des écritures. Quant à Haddad Samir, il a posé le problème des empreints dans la langue et les néologismes. Kania Rabdi, enseignante à l’université de Bouira a, quant à elle, traité du parcours historique d’enseignement amazigh en Algérie depuis l’Indépendance à nos jours. Dans son allocution présentée en kabyle, Melle Rabdi a évoqué les deux étapes de l’enseignement, soit l’avant l’élaboration des programmes et des manuels scolaires en langue amazighe et l’après élaboration de ces manuels. Pour cette enseignante, l’introduction de la langue amazighe dans le système éducatif national ne répondait qu’au seul souci politique après la grève du cartable de 1994-1995. Pour elle, la sortie des manuels n’a pas fait le point sur les différents problèmes de l’enseignement de tamazight. Les critiques émises se résument, selon elle, à la non-prise en considération des spécificités de la langue amazighe en tant que langue maternelle, la non-prise en considération des principes de base des approches préconisées par le programme, et enfin, la non-prise en compte des recherches et des études universitaires dans les différents domaines amazighs, à savoir la littérature, la linguistique ou la didactique. Après la lecture des recommandations, que nous allons publiés incessamment, M. Youcef Merahi, SG du HCA, a souligné que personnellement, “ je ne veux pas de tamazight à l’examen du bac ou du BEM, alors qu’elle est facultative à l’école, car son introduction dans un examen n’est pas une fin en soi”. D’autre part, il a ajouté que les spécialistes doivent se réunir autour des problèmes liés à la langue, afin de faire “un diagnostic sur l’enseignement de tamazight dans tous les paliers”. Une rencontre que son institution compte organisée l’année prochaine. De son côté Mohand Akli Haddadou a indiqué que “le purisme linguistique ne va pas nous mener loin», car, a-t-il ajouté “il faut aller vers une normalisation de la langue qui prendra en charge les empreints à berbériser”. Djouher Amhis a appelé à la valorisation de tamazight chez les non-amazighophones, afin d’assurer son épanouissement.
M. M.
