Marche du 14 juin 2001 / Qui se souvient ?

Le 14 juin de cette année est passé presque inaperçu, une date comme toutes les autres avec la particularité que les gens ont plutôt discuté foot et mondial. Pourtant, neuf ans plutôt, c’est toute la Kabylie qui s’est mobilisée dans la plus grande manifestation de protestation contre le pouvoir, jamais organisée par l’ensemble des partis depuis l’avènement du multipartisme en Algérie. La Kabylie s’est levée un certain 14 juin 2001 comme un seul homme pour défendre les acquis d’une démocratie naissante, exiger plus de liberté dénoncer l’injustice sociale et revendiquer des espaces de débat démocratique. Qui se souvient de cette date historique, qui a bouleversé des cimes du pouvoir en Algérie au point de lâcher du lest par rapport à la revendication identitaire ? Mis à part une déclaration du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie. “Le 14 juin 2001, la Kabylie envoya plus de deux millions de ses citoyens dans les rues d’Alger pour remettre la plateforme d’El-Kseur, à la présidence de la République algérienne. Ce document rédigé trois jours plus tôt par des représentants de divers bords politiques, contenait 15 points de revendications consensuels… Même si, pour principales revendications, il n’y avait que la plateforme d’El-Kseur avec ses 15 points, il n’empêche que parmi ces derniers, il y en avait qui étaient complètement nouveaux comme le départ des gendarmes de la Kabylie, le jugement des assassins, le transfert du pouvoir exécutif aux instances démocratiquement élues et un plan socioéconomique d’urgence pour la seule Kabylie. Ceci mérite d’être mis en relief du fait que jusque-là la seule revendication qui nous préoccupait était celle de tamazight, langue nationale et officielle», écrit le leader du MAK dans sa déclaration. Quelques mois après, en avril 2002 plus précisément, cette grandiose marche, qui a ouvert la voie à une sérieuse perspective pour la revendication identitaire, la langue tamazight est promue au rang de langue nationale aux “côtés” de la langue arabe. La génération de 2001 garde à ce jour les séquelles de ces journées longues qui ont vu les jeunes affronter ; mains nues, les forces de sécurité. 120, d’entre eux ont payé de leur vie pour faire vivre la revendication. La Kabylie n’a jamais oublié les sacrifices de ses enfants même certains parmi ceux qui ont, théoriquement, la charge de perpétuer la mémoire de ces martyrs sombrent dans une amnésie maladive. Le 14 juin de cette année a été donc une journée ordinaire, une halte, un répit ou un oubli ? Qu’importe la réponse, la réalité est là une date aussi importante s’est laissée emporter par la vague d’une amnésie qui tend à être monnaie courante. On les a oubliés ! Fulmine un parent de victimes rencontré hier à Tizi-Ouzou. Loin des activités folkloriques, la célébration doit s’inscrire dans un pur esprit revendicatif car c’est la nature d’une cause, les besoins d’un combat qui l’imposent… fière de ses martyrs et belle de ses sites pittoresques, la Kabylie nourrit l’espoir d’un lendemain meilleur …Qui sait ?

Omar Zeghni