Braham Bennadji, parle avec passion et raison de l’APC de Tinebdar, à la tête de laquelle, il a été porté par ses concitoyens lors des dernières élections municipales de novembre 2007.
La Dépêche de Kabylie : Quelle a été la situation de la commune à votre installation en décembre 2007 ?
Braham Bennadji : Un tableau pas du tout reluisant. Retards dans les projets et divorce total entre la population et l’institution municipale dans une commune dépourvue de moyens matériels et humains. Les fuites du réseau d’assainissement et les décharges sauvages qui jonchent nos villages aggravaient la mauvaise gestion des déchets ménagers et installaient une inquiétante insalubrité. Le citoyen de Tinebdar était contraint d’acheter de l’eau potable sans parler du désert culturel qui rongeait sa vie. L’anarchie était partout et dans tous les services. La situation était tellement catastrophique que le maire sortant n’a même pas pu procéder à la passation de consigne à ce jour.
Monsieur BENNADJI, depuis votre arrivée, les choses ont-elles avancé?
Trente mois dans la gestion d’une commune c’est très peu, mais notre cas fait exception car en ce laps de temps, nous avons réglé la crise de l’eau, instauré l’hygiène et la propreté dans notre commune par l’élimination de tous les dépotoirs et décharges sauvages avec le ramassage quotidien et régulier des ordures ménagères. Les écoliers et les collégiens bénéficient pour la première fois du ramassage scolaire tandis que nos infrastructures scolaires connaissent une amélioration remarquable. Au plan social, ce sont 56 emplois permanents et plus de 200 emplois temporaires crées. Dans le cadre des PCD et FCCL, nous avons consommé plus de 12 milliards de centimes dans les différents projets, sans compter les projets structurants tels que l’inscription de notre alimentation en gaz de ville, le revêtement de la routeTadoukant vers Tibane pour désenclaver la partie ouest de la commune, le démarrage des travaux du nouveau siège de l’APC, le raccordement au réseau d’eau du barrage de Tichy Hahf, la réception de la bibliothèque et de la salle de sport. Si j’en juge par la satisfaction de mes concitoyens et leur adhésion à nos initiatives, je peux dire que le pari est gagné.
Vous êtes connu pour votre attachement à la politique de gestion participative, appuyée par les comités de villages, parlez-nous de cette expérience…
La gestion participative a été mon engagement principal durant la campagne électorale. C’est une conviction profonde qui n’a rien à voir avec la situation de blocage que vit notre commune. Depuis notre installation, la démocratie locale et participative ainsi que la transparence ne sont plus un slogan mais un vécu et une réalité qui s’exercent quotidiennement dans notre commune. Nous avons réconcilié le citoyen de Tinebdar avec sa municipalité en réhabilitant le rôle des comités de village et en combattant le sectarisme, le régionalisme et la hogra. La démission citoyenne d’antan a été dépassée. Pour la première fois, l’ensemble des comités de village s’assoit mensuellement autour d’une même table avec le maire pour se concerter, recenser et solutionner les problèmes par ordre de priorité se solidariser et s’investir pleinement dans la bataille du développement.
Comment êtes-vous parvenu à gérer les affaires de la cité en l’absence d’un exécutif municipal?
Dommage en effet ; une majorité d’élus (5 sur 7) refusent toujours d’intégrer l’Assemblée depuis l’installation à ce jour. A mon sens, les raisons sont très subjectives puisque mes contradicteurs bloquent toutes les initiatives sans distinction, même pour les projets d’intérêt strictement général et collectif. Mais grâce à beaucoup de volonté et de d’abnégation de ma part, mon expérience politique aidant, nous avons réussi à impliquer l’ensemble des comités de village. Nous avons pu mettre ainsi en place une dynamique de développement sans précédant dans notre commune. Nous avons transformé l’handicap du blocage en synergie solidaire et collective de développement.
Pouvez-vous être plus explicite sur la situation juridique et réglementaire de votre Assemblée ?
Le Wali par l’intermédiaire du chef de daira de Sidi Aich s’est substitué à l’Assemblée conformément à la réglementation, c’est-à-dire que c’est lui qui avalise et/ ou autorise nos actes de gestion et nous contrôle. Quant à l’installation des adjoints c’est facultatif ; l’article 47 du code communal est très clair.
Je suis minoritaire dans l’assemblée mais majoritaire dans ma liste ; personne ne peut donc, me destituer de mon poste de maire. Quant au refus de la majorité des élus de travailler, c’est leur problème et surtout leur responsabilité devant nos concitoyens. Je ne peux pas me substituer à eux, chacun assume ses actes devant la population. Tout ce que je sais, c’est que l’opinion populaire est faite sur les uns et les autres.
Pour l’intérêt suprême de notre population, je leur lance un autre appel pour qu’ils abandonnent la politique du blocage et s’investissent dans la mission pour laquelle les citoyens les ont éli.
Que préconisez-vous pour un retour à un fonctionnement normal ?
La solution n’est ni chez l’administration ni chez moi mais chez les élus bloqueurs. Ils n’ont qu’à rejoindre l’Assemblée conformément au code communal.
Quant à moi, je propose aux pouvoirs publics de dissoudre l’Assemblée et d’organiser des élections anticipées comme le stipule l’article 34 du code communal pour que la population tranche elle-même.
A l’occasion, je demande à l’administration de ne pas céder aux pressions politiques, respecter la réglementation et continuer à rester neutre pour éviter des conséquences irréparables.
Quelles pressions ?
Actuellement, je subis beaucoup de pressions. La population de Tinebdar et l’opinion publique seront informées au moment opportun de tous les détails. Je ne suis pas un maire fonctionnaire mais un militant de conviction et un vrai représentant de la population de Tinebdar. C’est dans l’opposition et les situations difficiles que je me suis forgé le mieux.
Quels sont les projets qui vous tiennent à cœur monsieur le maire ?
Je vous dirais avec l’enthousiasme du bâtisseur : l ’achèvement du siège APC, réalisation de la Maison de jeunes, la construction d’un CEM, la réhabilitation du réseau routier communal, l’alimentation de nos village en gaz de ville et la récupération de nos deux gisements (tuf et argile). Soyez en sûrs que je donnerai le meilleur de moi-même pour mener à terme ces projets avant la fin de ce mandat.
Un mot pour les citoyens de Tinebdar…
Je remercie l’ensemble de la population de Tinebdar pour son soutien indéfectible, son implication dans la bataille du développement et son remarquable niveau politique. Je suis fier de tous mes concitoyens.
Entretien réalisé par T. D.
