L'Allemagne à la conquête du monde

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On connaît la célèbre boutade de l’attaquant anglais Gary Lineker, « le football est un sport simple : 22 hommes courent après un ballon pendant 90 minutes et à la fin, les Allemands gagnent toujours ». Qu’elle est belle cette Mannschaft qui a stupéfié le monde, samedi 3 juillet au Cap, en humiliant 4-0 l’Argentine de Diego Maradona et de Lionel Messi ! Et de quelle manière ! En inscrivant ses deux derniers buts à la mode sud-américaine, échanges courts et décalages dans les intervalles permettant finalement de pousser le ballon dans les cages vides, comme à l’entraînement.

A la sortie du match, les spectateurs étaient épris et rivalisaient de substantifs devant cette merveille de jeunesse, fraîcheur, dynamisme, enthousiasme, spontanéité audace, intelligence… Mais ce n’est pas pour autant que les maillots blanc et noir se sont arrachés comme peuvent l’être ceux du Brésil ou de l’Argentine. Avec son « Internationalmannschaft », l’Allemagne conquiert enfin les coeurs au-delà de ses frontières, ce dont elle n’était pas habituée. Particulièrement en France, où elle a toujours semblé indésirable. Sans même évoquer le poids de l’histoire et de possibles relents de germanophobie, le traumatisme provoqué par l’agression d’Harald Schumacher sur Patrick Battiston lors de la fameuse demi-finale de Séville, en 1982, a ruiné durablement toute tentative de séduction. Daniel Cohn-Bendit, qui a toujours été « critique » avec l’équipe nationale, vante cette fois les mérites du « grand manitou Joachim Löw », le sélectionneur hier décrié pour son charisme introuvable. Le falot assistant de Jürgen Klinsmann a poursuivi avec succès dans la veine offensive initiée par le champion du monde 1990, qui a permis à la Mannschaft de briller à domicile lors du Mondial 2006. Or, estime Daniel Cohn-Bendit, « Löw a un très grand joueur qui s’affirme, Bastian Schweinsteiger, et deux autres grands joueurs, Thomas Müller et Mesut Ozil. Les autres ne sont pas si exceptionnels, mais Löw a réussi à les mobiliser, à les amener à se dépasser autour d’un jeu collectif imaginatif ». Avec son football total permettant à chaque défenseur de se reconvertir en attaquant (voir le latéral et capitaine Philipp Lahm) et vice-versa (voir le milieu offensif Thomas Müller), cette équipe réveille le délicieux souvenir des Pays-Bas (ou de l’Ajax Amsterdam) des années 1970. Alors que les Oranje ont, dans cette Coupe du monde, fait preuve d’une détermination, d’une combativité et surtout d’une efficacité qui rappelle l’Allemagne d’antan.

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