La crise de lait en sachet apparue il y a maintenant près de 3 mois, semble s’installer durablement au grand désarroi des consommateurs. En effet, trouver un sachet de lait après le passage du camion distribuant est quasiment impossible. Dès 8 heures du matin, heure où se fait généralement la livraison, les bacs bleus sont déjà vides.
“Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt», dit le dicton. Dans notre virée à travers les différents points de vente de Maâtkas et de Souk El Tenine, la réponse des commerçants est la même : “Nous n’avons plus de lait courant”. Une réponse qui sous-entend qu’il y a un autre lait. Celui qu’on désigne par le lait de vache. Seulement il coûte plus cher : 35 DA le sachet soit 10 DA de plus que celui du lait normal qui continue d’être vendu à 25 DA, mais pour l’acquérir il faut être sur les lieux à l’arrivée du livreur, si vous êtes un client fidèle ou si vous connaissez bien le vendeur, on peut vous faire une fleur : un sachet sous le manteau. Les vieux réflexes qui ont presque conduit tout le pays à la ruine sont de retour. Du coup, les citoyens âgés qui ont connu et vécu pareille situation pendant les années de vaches maigres replongent dans leur passé récent et se rappellent le dictat des Souk El fellah, des grandes surfaces et des petites détaillants.
Un sexagénaire que nous avons rencontré à Souk El Tenine racontera : “Vers la fin des années 80 il était pratiquement impossible d’acheter un produit sans passer par une interminable chaîne. Pour un téléviseur ou un frigidaire il faut une demande manuscrite et avec un peu de chance et une intervention, vous pourrez acquérir votre appareil au bout de trois mois d’attente”. A présent, la donne est autre, les produits sont disponibles mais les acheter nécessite des années d’économies. La cherté gangrène les citoyens à faible revenu. Pour en revenir à la rareté du lait en sachet qui risque fort bien de s’accentuer avec une période où la demande sur ce produit de large consommation augmentera inévitablement. Et pour en connaître les raisons de cette pénurie, nous avons effectué des investigations auprès des distributeurs, des commerçants et des citoyens.
Les raisons sont multiples : “Manque de poudre, production au ralenti et subvention impayée”
La plupart de nos interlocuteurs s’accordent à dire que les transformateurs ne sont pas suffisamment approvisionnés en poudre de lait. Un distributeur questionné à ce sujet dira : “Nos quotas sont diminués et des fois on fait le déplacement pour rien. On nous dit que la poudre de lait est indisponible en quantité suffisante, du coup l’usine tourne au ralenti”.
Pour un autre commerçant, les causes sont tout autres : “Il est vrai que nos quotas sont réduits de moitié et que le distributeur ne passe qu’un jour sur deux. Il faut dire aussi que certains vendeurs se réservent la part du lion pour la fabrication des glaces”.
Pour ce citoyen qui croit dur comme fer que les causes sont tout autres : “Ce n’est ni le manque de poudre, ni la fabrication des glaces qui sont à l’origine de la pénurie. Le lait est un produit subventionné par l’Etat qui doit normalement faire payer la différence aux fabricants. Du coup, les transformateurs décident de réduire la production pour inciter l’Etat à les régulariser”. De toutes les manières, il est difficile de connaître, les vraies causes de cette rareté.
Du coup, les langues se délient, la rumeur et l’intox font du chemin. Ce qui est sûr est que le lait en sachet se fait très rare, les citoyens sont malmenés et scandalisés par ce dysfonctionnement au marché.
Hocine Taïb
