Malgré les allégations plus que catégoriques du ministre des Affaires religieuses qui indiquait tout récemment, que la pauvreté n’existe pas en Algérie, la réalité est toute autre. En l’absence de chiffres fiables, il n’est pas aisé d’estimer le nombre de pauvres dans la wilaya de Tizi – Ouzou.
Même les critères pour dire qui est pauvre et qui ne l’est pas sont absents, même si par définition, est pauvre, celui qui n’arrive pas à subvenir à ses besoins les plus élémentaires, et celui qui n’arrive pas à s’offrir les commodités nécessaires à ses besoin quotidiens. Pour mieux centrer le problème de la pauvreté il faudra sans doute faire la distinction entre la vie dans les milieux urbains et les milieux ruraux.
Dans la wilaya de Tizi- Ouzou, les centres urbains ou les grandes agglomérations vivent un paradoxe en terme d’indice de pauvreté. Les riches s’enrichissent davantage et le climat des affaires et du gain facile reste un facteur déterminant. En revanche, les autres couches sociales, y compris les classes moyennes subissent de plain fouet, les effets de la crise à telle enseigne que les besoins des ménages ne sont pas forcement dotés des commodités les plus en vogue. Sur un autre registre, ce que l’on appelle les poches de pauvreté semblent s’élargir dans toutes les communes de la wilaya, au vu des demandes qui ne cessent de s’accroître à chaque fois. Des actions de solidarité ou des aides aux démunis sont distribuées dans les villes et les villages à l’occasion du mois de ramadhan.
Il existe toutefois des comportements qui laissent perplexes les pauvres en Kabylie.
L’humilité et le sens de l’honneur chez de nombreux pauvres les poussent à ne point faire étalages de leurs besoins, préférant le silence et la faim au regard des autres.
Et pourtant, on ne peut pas indéfiniment cacher sa misère.
Quant aux déclarations du ministre des Affaires Religieuses quant à l’absence de pauvres en Algérie, ceci n’est que pure fabulation d’un homme qui doit ignorer le pays profond dont il est ministre, ou tout simplement de la pure démagogie en rapport à la religion.
S’il est vrai que dans les percepts de cette dernière, la pauvreté doit être combattue par l’épée ou par la bienfaisance, il n’en demeure pas moins qu’en Algérie, la proportion de pauvres, au sens académique, est très importante aussi bien dans les villes que dans les milieux ruraux.
Les couffins de Ramadan, les magasins de friperie : des indices révélateurs
Aujourd’hui, avec l’érosion du pouvoir d’achat, la crise et les besoins se font sentir de jour en jour, il faudra au citoyen un salaire très conséquent pour subvenir aux besoins de sa famille et répondre ainsi aux attentes, notamment à l’approche des fêtes, de la rentrée scolaire et autres cérémonies qui exigent des dépenses.
C’est pourquoi, les magasins de friperie sont toujours pris d’assaut par les pères de famille qui arrivent ainsi à habiller leur progéniture.
Il n’est parfois nul besoin de faire des statistiques pour estimer le nombre de pauvres. Il suffit tout simplement de voir lors du mois de ramadhan, le nombre de couffins distribués ; les magasins de friperie et leur fréquentation, les mains tendues dans les villes et ailleurs en quête d’une charité. Et tout cela, renseigne sur cette situation qui ne cesse de s’accroître. Il est vrai que ce qui est valable en Kabylie, l’est tout aussi valable dans les autres wilaya ; mais en Kabylie, notamment dans les villages, il est difficile d’estimer ce nombre. Si les critères de la pauvreté sont connus, en revanche, l’humilité l’honneur et un certain nombre de facteurs spécifiques à l’homme de cette région, empêchent ce dernier d’afficher ses besoins. Il est question de dignité.
Ferhat Zafane
