Ceux qui — en Algérie comme à l’étranger— s’opposent à la traduction du Coran ignorent qu’il y a de fortes présomptions pour que celui-ci ait déjà été traduit dans cette langue. Au 19e siècle, certains auteurs européens en auraient vu des exemplaires chez les Rifains du Maroc. Ces ouvrages n’ont pas été retrouvés mais il n’est pas impossible qu’ils aient existés. On sait aussi que des groupes hérétiques ont possédé, au Moyen âge, des versions en arabe du Coran. C’est le cas des fameux Bergawata, de la côte atlantique du Maroc, qui avaient remodelé l’Islam selon leur conception. « Leur » Coran était rédigé en berbère et des auteurs musulmans, comme El Bakri, qui a pu se rendre chez ces populations nous a conservé un échantillon de ce texte. Alors, comment peut-on dire, aujourd’hui, qu’on ne peut traduire en berbère le Coran ? Les adeptes d’autres religions ne se posent pas, elles, cette question ! Sait-on par exemple que l’Ancien et le Nouveau Testament sont depuis longtemps disponibles en berbère, principalement en kabyle et en touareg, et que les congrégations chrétiennes publient régulièrement dans des dialectes berbères (mais aussi d’autres langues africaines et bien entendu l’arabe) des ouvrages de doctrine et de propagande religieuse ? Et ceux qui ne veulent pas que le Coran soit traduit en berbère sont ceux-là même qui se plaignent de la propagande chrétienne en Kabylie ou dans d’autres régions berbérophones: et si, à leur tour, ils faisaient « leur » propagande, mais dans la langue des concernés ?
S. Aït Larba
