Passer quelques jours de détente au bord de la mer ou à la montagne serait-il devenu un luxe que seuls les plus nantis peuvent se permettre ? A priori, oui.
Il y a ceux qui hésitent entre un voyage hors-frontières et un séjour dans une station balnéaire du pays ; il y a ceux dont le choix entre la montagne et la mer n’est pas souvent tranché et puis il y a les autres…
Parmi ces derniers, et ils sont nombreux, il existe cette catégorie d’Algériens qui ne connaissent pas le sens que confère les vacances. Parmi ceux là Samir, 49 ans, fonctionnaire dans une administration publique n’hésite pas à lâcher tel un leitmotiv. “Je suis père de deux enfants scolarisés, ma femme et moi travaillons comme fonctionnaires dans une administration, nos deux salaires nous permettent juste de nous mettre à l’abri du besoin ; partir en vacances, ce n’est même pas dans notre programme», nous a-t-il confié. Un autre, Djamel, marié père de trois enfants, avec une mère âgée à sa charge est catégorique : “Ne me parlez pas de vacances SVP, ce n’est pas dans mes mœurs», dit-il.
C’est ainsi que pour un bon nombre d’Algériens, à l’intérieur ou hors du pays, les vacances leur sont inaccessibles. La capitale, généralement vide au mois d’août, ne l’est pas cette année. Dans les rues comme dans les transports, il y a autant de monde que durant le reste de l’année. La cause ? Les Algériens sont nombreux à être contraints à rester chez eux. Rester cloîtré dans son appartement ou flâner dans sa cité tel est désormais le seul choix qui se présente à cette catégorie d’Algériens. Même pour ceux qui travaillent pendant toute une année, il n’est pas évident de pouvoir se permettre quelques jours de détente. La cherté de la vie a fait que le fonctionnaire arrive difficilement à boucler ses fins de mois. Programmer des vacances même à l’intérieur du pays est devenu quasiment impossible.
Les petits boulots d’été pour venir en aide aux parents
Ils sont nombreux ces jeunes, à peine âgés de 12 à 13 ans à occuper les bords de l’Autoroute pour vendre des galettes ou des fruits sous un soleil de plomb. Si pour certains, ce sera une aubaine pour répondre aux besoins de la rentrée scolaire ; mais pour les autres, l’argent gagné servira aux besoins d’une famille nombreuse dont le père n’arrive pas à boucler les fins du mois.
On les rencontre également dans les plages ou dans les marchés à proposer aux passants toutes sortes de produits. Cela va de la galette confectionnée par les soins de la maman, aux œufs bouillis qu’on vend dans les bars. On les retrouve aussi dans les rues d’Alger, ces jeunes enfants qui étalent à même le trottoir des “Diouls” notamment à l’approche du mois de Ramadan, histoire de se faire un peu d’argent qui ne sera jamais de trop pour ces familles qui en ont le plus besoin.
Mais ceux que l’on remarque le plus, investissent dès le matin, les abords des autoroutes pour proposer, poules, coqs et autres fruits de saison comme le melon et la pastèque.
Ils sont là à guetter les automobilistes, à l’affût d’un produit du terroir pas cher mais également frais. Et tout le monde est content.
Dans les villes de l’intérieur et à l’approche du Ramadan, nombreux ces adolescents qui ont déjà entrepris de faire de ce mois sacré une occasion de se faire de l’argent en vendant de la “zlabia”. Si certains ont déjà exercé cette activité d’autres se contenteront de la ramener carrément de Boufarik, ville réputée pour la qualité de sa zlabia. Surtout que cette friandise est carrément la plus vendue durant cette période.
Quelques dinars comme appoint au budget familial
De plus, ces petits travailleurs s’adonnent à une rude concurrence. C’est à qui mieux-mieux. Redouane, 15 ans, récolte généralement entre 400 et 900 DA/jour. “Ça dépend des jours», précise-t-il, lorsqu’il y a beaucoup de préposés au transport de la marchandise comme en période de vacances, je gagne moins d’argent. Mohamed, dont le papa est incapable de subvenir aux besoins de sa petite famille, étant donné qu’il est agent de sécurité dans une entreprise privée et que son salaire ne dépasse pas 12 000 DA, vient régulièrement au marché surtout pendant les vacances scolaires pour aider ses parents, non sans leur consentement. “Mes parents n’y voient aucun inconvénient, au contraire, ils apprécient parce que je leur épargne au moins les dépenses des légumes et les frais de la rentrée scolaire», dit-il. Il faut savoir qu’il y a environ 400 charrettes dont 316 sont en circulation, que des privés louent à raison de 100 DA la charrette pour la journée. Alors que le marché est ouvert de 4h jusqu’à 20h. Par ce temps de chaleur torride, la majorité des enfants aiment venir avant le lever du soleil et repartir aux environs de 8h ou 9h. Si la plupart de ces enfants sont issus de familles pauvres et nécessiteuses, d’autres viennent à l’insu de leurs parents pour se faire un peu d’argent qui leur permettra d’aller à la plage ou de s’offrir des choses que les parents ne leur achètent pas. C’est le cas de Fayçal, 15 ans, dont un copain de classe l’a initié à ce travail. “Pour deux heures de chargement, je gagne mon argent de poche qui me permet d’acheter des glaces ou de payer le transport pour aller à la plage au moins pendant une semaine», explique-t-il, précisant que ses “parents ne sont pas au courant”. Mais cette catégorie n’est pas représentative du grand lot qui exerce cette activité par nécessité. La majorité des enfants ont avoué à l’unanimité qu’ils auraient aimé passer de paisibles vacances comme les autres enfants bien lotis.
Les colonies de vacances (pour les pistonnés) comme seules alternatives
Et pour une catégorie d’enfants dont le père exerce dans une entreprise qui assure certains avantages sociaux, les colonies de vacances restent l’unique moyen de passer une ou deux sessions au bord de la mer ou à la montagne. Les camps de vacances pour adolescents proposent une alternative originale aux vacances familiales. Loin du cliché des anciennes colos, ces camps offrent aux jeunes un début d’indépendance.
Ils leur donnent la possibilité de vivre des expériences sans leurs parents, entre jeunes du même âge, mais encadrés par des adultes expérimentés. Bien entendu, il ne faut pas forcer un adolescent à partir seul. Il faut qu’il se sente prêt à tenter l’aventure, car, malgré leur air bravache, tous ne sont pas mûrs pour cette liberté estivale. Et c’est ainsi que pour beaucoup d’enfants dont les parents sont incapables de les emmener en voyage ou dans un hôtel étoilé la colonie de vacances est un moment pour faire connaissance avec la mer et les camarades venus de divers horizons. Ils auront cette possibilité de se baigner, de faire des excursions et le tout sans que leurs parents ne déboursent le moindre centime. Bien au contraire, à la fin, tous les enfants se verront offrir le package fait d’une tenue complète, de quelques affaires scolaires et éventuellement des chaussures.
Ce n’est pas beaucoup mais c’est toujours des dépenses évitées par les parents qui ont d’autres soucis.
Ferhat Zafane
