Aït Hichem est un village haut perché sur une colline à environ 1200 m d’altitude et à 3 kilomètres de Aïn El Hammam, chef lieu de daïra. Le village compte trois quartiers (Idherman), Ath Madi, Ath Mendil et Ath Ousbaâ qui demeurent à ce jour sous la même assemblée (tsoufiq). Les questions inhérentes à la gestion de la cité sont réglées par un consensus entre « l’amin » (chef de village) et les « temans » (les délégués) de chaque « axarub », qui est un groupe social formé de plusieurs familles de même lignée. Selon l’éthnologue Germaine Laost Chantreaux qui fut institutrice à Aït Yahia entre 1937 et 1939 : « Il y a cinquante ans, les Aït Hichem vivaient surtout de l’argent qu’envoyaient les émigrés et de l’appui appréciable d’un artisanat local qui est le tissage ». « Azetta » ou le tissage du tapis est une activité épuisante, réservée aux femmes qui, par ce travail de fourmi, font vivre des familles entières. Travaillant à domicile, certaines en ont fait leur gagne-pain et elles ont toujours un « aâvane » (un tapis) à vous proposer à la vente. D’autres, plus nombreuses, travaillent sur commande. Avant l’apparition de l’école du tissage en 1982, les femmes tissaient abarnous, axellal, takdift, aâdil. Quant à l’origine du tapis d’Aït Hichem « âavan », en l’occurrence, elle serait liée à l’époque de Mme Abdeslam Melater, institutrice à l’école du tissage. Elle se serait inspirée d’un vêtement tissé, agrément de symboles (eddil) tenu par des fibules (sortes de broches), en argent et porté par Thahemisth lors du mariage de sa fille. Ce vêtement suscita un grand intérêt auprès de cette enseignante, qui l’introduisit à l’école en 1918. Depuis, les dessins illustrant les tapis portent tous des noms d’inspirations diverses comme par exemple : Voumeya, Vourevââ, Touchar, aqejir Ouyazid… Nna Taous a eu entre autres mérites, celui d’avoir crée le motif propre au tapis de Ouaghzen. Au fil du temps le tapis d’Aït Hichem a évolué en formes et en couleurs, grâce à ces femmes qu’on ne cite jamais. Elles sont pourtant, nombreuses à avoir été primées et diplômées par le gouvernement général d’Algérie entre 1936 et 1950. Nous citerons Ouardia Ben Abdeslam, Aït Issad Nouara et Baya, Azzabène Ferroudja, Madahi Zaïna, Aït Ouzzou Zahoua et Smina et Ould Madi Mezhoura. Sans ces femmes, la traditionnelle fête du tapis, organisée depuis 1989, n’aurait jamais existé. D’ailleurs, chaque édition est avant tout, un vibrant hommage à ces femmes qui ont marqué de leur empreinte l’histoire de leur village et de toute la région.
Nacer B.
