Portrait Nina Bouraoui : La frénésie de l’écriture

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Nina Bouraoui est une écrivaine franco-algérienne très connue. Elle est née d’un père algérien et d’une mère bretonne. Les quatorze premières années de sa vie, elle les passe en Algérie, près des déserts du Hoggar et du Tassili. Entre deux cultures, celles des Algériens et celle des Français d’Algérie, sa famille vit en retrait, ne se mélange pas aux autres. Elle reste entre « métisses ». Nina Bouraoui est une enfant «sauvage, réservée». Elle vit avec intensité le désert, les moments passés avec sa sœur et sa mère. Elle voit les regards que portent les hommes sur sa sœur aînée, et elle s’identifie, très jeune déjà à son père. Cheveux courts, activités traditionnellement masculines, elle est le Garçon manqué de son roman publié en 2000. L’écriture devient son refuge très tôt, c’est le lieu où elle peut s’échapper, s’exprimer, et par lequel elle ressent une puissance inouïe, et, selon elle, masculine. C’est lorsqu’elle écrit sa première nouvelle à l’age de 9 ans qu’elle a cette révélation. A 14 ans, elle part en vacances avec sa famille en France. Le retour au pays est impossible : sa famille s’installe en Europe, avec pour tout souvenir matériel, leurs valises estivales. Ils vivent en Suisse, et notamment à Zurich. Pour Nina Bouraoui, ce déracinement est une deuxième naissance. Elle apprend à vivre dans ce nouvel environnement, elle apprend aussi à vivre son homosexualité. La passion des mots, femme occidentale, française, Nina Bouraoui est traversée par un bouillonnement oriental. Elle, qui se sent double, ou même parfois quadruple, se dit artiste plus qu’écrivain. Elle est dans la violence d’écrire, dans l’urgence, dans une bataille passionnée. Elle écrit avec ses sens plus qu’avec l’intellect, et s’en revendique. Une écriture comme une peinture, des phrases courtes, des rafales, des rythmes hypnotiques, de petites touches, et toujours, la sensation. Lorsqu’elle travaille, ce sont trois mois qui s’écoulent dans une frénésie d’écriture, la nuit, devant l’ordinateur, les mots viennent à flots. Mais pour cela, il lui faut au moins un an de préparation. Pour Le Bal de murènes, publié en 1996, la violence qu’elle a su extraire d’elle-même, semble la dépasser. Elle ne sait pas et ne veut pas savoir, quelle est la part de vérité dans ce livre. Même aujourd’hui, elle ne parvient pas à le relire. En 1991, Nina Bouraoui a reçu le Prix Livre Inter pour La voyeuse interdite. Quatorze ans plus tard, son neuvième roman, Mes mauvaises pensées est récompensé par le Renaudot.

Ali Remzi

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