Tafoughalt (Aït Yahia Moussa) : Les nuits ramadanesques animées

Dès que les jeûneurs eurent rompu le jeûne, l’animation reprend dans tous les villages de la commune. Dans cette municipalité les veillées ramadanesques se limitent pour les uns à l’accomplissement de la prière des Taraouih, et pour les autres, aux divers jeux prisés durant ce mois sacré.

A Tafoughalt, un village de plus de 4 000 habitants, pas moins de 4 cafés ouvrent leurs portes, alors que des dizaines d’autres lieux sont utilisés pour accueillir les clients.

A commencer par les cafés. D’interminables parties de dominos regroupent les férus de ce jeu. D’ailleurs, on dirait que ces « joueurs » rompent leur jeûne avec. « Je ne sais pas comment j’avale tout à la fois. Il faut arriver parmi les premiers pour y prendre place. Vous savez. Ici, c’est le café où il y a beaucoup de joueurs. L’essentiel est d’avoir sa place », nous dit un jeune habitant du quartier des Ath Abdellah.

D’autres préfèrent beaucoup plus fréquenter les endroits où l’on joue au loto. « Remporter la cagnotte mise en jeu importe peu. C’est le fait d’attendre le numéro gagnant qui est essentiel.

Quand je crie, arrête! C’est un grand moment de joie pour moi », nous confie un quinquagénaire qui affirme avoir commencé à jouer au loto alors qu’il n’avait que seize ans. Et de nous raconter ses souvenirs : « Je me souviens de ma première partie de loto. Je l’avais jouée en 1976 dans un café d’un autre village à Imzalène du côté de Tizi-Gheniff. Nous y allions à pied.

C’était aussi un ramadhan d’un mois d’août. C’était la belle époque. Nous nous y rendions à pied ». Lorsque cet interlocuteur dit que c’était la belle époque, il veut nous dire qu’aujourd’hui, il y a toujours des risques, notamment les incursions terroristes nocturnes dans les hameaux et les villages isolés de la région. Aujourd’hui, ce jeu n’attire pas aussi de personnes qu’avant.

Les jeunes aiment bien se livrer à une partie de jeux d’échecs. « Les jeunes d’aujourd’hui ont autre chose à faire. Il y a des salles de jeu où ils peuvent trouver d’autres choses plus intéressantes. Quant au loto, ce sont beaucoup les quinquagénaires et les sexagénaires qui le jouent. Ils y éprouvent la nostalgie du passé », conclut le même interlocuteur. En outre, les habitants du village, notamment ceux du comité tirent à profit la longueur de ces veillées à discuter des problèmes du village telle l’alimentation en eau potable. « C’est le problème le plus épineux que nous rencontrons en cette période. Même s’il y a un programme établi à ce sujet, le pompage de l’eau reste insuffisant. D’ailleurs, les agents chargés de la distribution éprouvent beaucoup de difficultés à satisfaire tout le monde. Le projet de réalisation des forages au lieudit Chakour est le seul qui pourra mettre fin à ce sempiternel problème d’eau dans notre village », souligne un membre du comité devant les autres tout en sirotant un thé. Les veillées ramadanesques dans ce village passent et se ressemblent. C’est pratiquement de la même manière que tous les citoyens de cette commune, où il n’y a rien d’autre, vivent ces longues nuits du mois d’août car, les veillées se prolongent jusqu’à 3 heures du matin à quelques minutes avant l’Imsak.

Amar Ouramdane