L’ancien ministre du Travail et ex-président du Conseil national économique et social (CNES) est décédé avant-hier soir, à l’âge de 70 ans. M. Mentouri laissera ainsi auprès des Algériens le souvenir d’un responsable d’une grande probité morale et intellectuelle. Né le 9 avril 1940 à Hamma (Constantine), il est diplômé de l’Ecole des hautes études commerciales (hec), licencié en droit, titulaire d’un DES de sciences économiques, il est membre de l’OCFLN à Constantine, puis en Tunisie et membre de l’Union générale des étudiants musulmans d’Algérie (UGEMA) de 1960 à 1962. Sous-directeur de l’animation et de la coordination au ministère du Travail et des Affaires sociales, puis directeur général de la Sécurité sociale (de 1970 à 1980).
Il est ensuite secrétaire général du secrétariat d’Etat, puis du ministère de la Formation professionnelle (mars 1982-janvier 1984). Il devient alors vice-ministre chargé des Sports, puis vice-ministre chargé du Tourisme et enfin président du Comité olympique algérien (novembre 1989). Le 18 juin 1991, Sid Ahmed Ghozali le nomme ministre du Travail et des Affaires sociales, puis, en octobre 1991, ministre de la Santé et des Affaires sociales, un poste dont il démissionne discrètement.
Après une absence de 5 ans, il est élu président du ( CNES) le 7 décembre 1996, un poste dont il démissionnera le 3 mai 2005. Une démission qui est due à la détérioration des relations entre le défunt et l’actuel Premier ministre( l’ex-chef du gouvernement), Ahmed Ouyahia.
Si les rapports entre le CNES et l’Exécutif étaient bons au temps de Smaïl Hamdani et Ali Benflis, ils se sont dégradés avec l’arrivée d’Ahmed Ouyahia au gouvernement. Mais la goutte qui a fait déborder le vase est liée à l’élaboration du Pacte national de croissance ou ce qui est appelé maintenant le Pacte national économique et social. Cette idée avancée par Mentouri en 1996 vise à fédérer les forces socioéconomiques afin d’aller vers une politique garantissant la stabilité et la croissance économique du pays, ce qui n’a pas été du goût d’Ouyahia. En outre, les deux hommes ne sont pas limités à ce point. Mentouri a refusé que l’institution qu’il dirige soit la caisse de résonance du gouvernement. “Je ne peux trahir mes principes’’ avait-il scandé. En démissionnant de son poste de président du CNES, Mohamed-Salah Mentouri estime avoir pris une décision » conforme » à ses principes et à ses convictions.
Le CNES a critiqué sur la base de données claires, la politique du gouvernement.
Apparemment, cette vérité n’a plus pas beaucoup aux décideurs, notamment à l’ex-chef du gouvernement, qui voulaient que, même en tant qu’organe consultatif, le CNES devait rentrer dans les rangs. A titre d’exemple, les résultats du Programme de soutien à la relance économique (PSRE), lancé en 2001, ont été jugés ‘’ mitigés ‘’ par l’institution de M. Mentouri. ‘’ La persistance des principales revendications liées aux salaires, aux logements… est le résultat de l’absence d’une stratégie profonde dans le Plan de relance économique,’’ a indiqué le défunt dans son dernier rapport. Il convient de savoir que sous sa direction, le CNES était devenu une véritable institution d’analyse critique, mais le gouvernement ne veut plus avoir affaire à des rapports objectifs publiés dans la presse. Il veut que tout soit confidentiel.
Enfin, il est bon à savoir que le CNES est une institution composée de neuf groupes sociaux : l’UGTA, UNPA, patronat privé et public, l’organisation des commerçants et les associations à caractère social, les collectivités locales, l’administration centrale, les membres nommés par le Président et les représentants de l’émigration.
Yahia Maouchi
