Chirac confirme la signature du traité

L’Algérie et la France semblent se complaire dans le jeu du chat et de la souris. A chacune des déclarations de Abdelaziz Bouteflika, les Français ne tardent pas à répondre. Jacques Chirac a ainsi répliqué, de manière très diplomatique, aux déclarations du président de la République tenues avant-hier à Béchar sur la signature du traité d’amitié entre la France et l’Algérie. « La France confirme la signature du Traité d’amitié avec l’Algérie », a notamment déclaré le Président français dans une allocution prononcée devant les 150 ambassadeurs français réunis hier à l’Elysée, sans toutefois en préciser la date. La signature d’un tel traité « y va de la prospérité, de la sécurité et de la stabilité de la région », selon Jacques Chirac. Selon lui, La France veut bâtir « un Maghreb plus uni et solidaire ». Les déclarations du Président français sont courtes et concises mais elles sonnent comme une réponse à Abdelaziz Bouteflika qui avait déclaré la veille à Béchar que : « Nous sommes en train de négocier et d’élaborer un traité d’amitié global et de paix avec la France. Mais les responsables français doivent savoir, d’abord, que ce qui est à Dieu est à Dieu et ce qui est à César est à César ». Autrement dit, la signature d’un tel document doit être précédée de la reconnaissance de la France des « erreurs » commises contre « le peuple algérien ». En plus clair, la France doit demander pardon aux Algériens pour « les crimes commis en Algérie pendant la période coloniale. En plus des excuses officielles, Abdelaziz Bouteflika demande à ce que notre pays traite « d’égal à égal » avec la France. La semaine passée déjà, le Chef de l’Etat s’était adressé « aux français qui ont encore la conscience vive qu’il reconnaissent les erreurs commises contre le peuple algérien ». Le ministère français des Affaires étrangères n’avait pas à réagir à travers un communiqué où il était mentionné, notamment, que le travail de mémoire « doit être confié aux historiens », même si un des porte-parole du Quai d’Orsay avait « refusé de commenter les déclarations du président Bouteflika », parce que, selon lui, la question sera « abordée d’une manière ou d’une autre. « La polémique entre les deux capitales sur la question du passé colonial français en Algérie a commencé effectivement à partir du 08 Mai dernier lors que le président Bouteflika avait qualifié de « cécité mentale » cette période et comparé les fours à chaux de Guelma et de Sétif aux « fours crématoires nazis ». Cette dernière affirmation, notamment, a suscité l’ire des responsables français. Une loi votée le 23 février dernier par le Parlement français et qui parle du « rôle positif de la colonisation française, notamment en Afrique du Nord », a également provoqué une large polémique dans notre pays. Des partis politiques et des associations nationales, en passant par les deux chambres du parlement, cette loi est vue comme une provocation. Le Président lui-même a jugé cette loi de « grave provocation » tout en maintenant son appel à une amitié durable avec la France. L’un des grands défenseurs de cette loi, l’actuel ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy, qui était député de la majorité à l’époque, s’est rétracté dernièrement en appelant à la constitution d’une « commission mixte d’historiens algériens et français » pour trancher cette question. A rappeler que l’Association française des enseignants d’histoire avait refusé d’appliquer ce texte de loi jugeant qu’il « consacre la politisation des programmes de l’enseignement ». La loi n’est toujours pas abrogée mais des voix notamment du côté de la gauche demandent son annulation. La signature du traité d’amitié entre l’Algérie et le France vers le mois de novembre a été annoncée lors de la Déclaration d’Alger signée en mars 2003 entre les présidents Bouteflika et Chirac à la fin de la visite d’Etat que ce dernier a effectuée dans notre pays. Elle prévoit notamment des clauses liées à la coopération privilégiée dans plusieurs domaines, notamment économique et de défense. Un traité similaire avait été signé entre la France et l’Allemagne en 1963.

Ali Boukhlef