Commentaire : L’Histoire attendra

En tranchant sur le dossier du projet de loi sur la criminalisation du colonialisme, en des termes, qui ne prêtent guère à équivoque. Abdelaziz Ziari, le président de l’APN, a jeté un véritable pavé dans la marre. S’agit-il d’un compromis entre Paris et Alger, dans le but d’aplanir les couacs existants et permettant ainsi le dégel des relations, aujourd’hui boiteuses entre les deux pays ? Tout l’indique, a priori, au vu des remous que cette question a engendré au sein de la classe politique nationale et la famille révolutionnaire. Nonobstant le motif évoqué par le même responsable, dans une déclaration faite avant-hier sur les ondes de la Chaîne III de la radio nationale, quant à un prétendu “problème juridique et diplomatique», il n’a assurément réussi à convaincre ni les uns ni les autres.

D’ailleurs, ceci n’a pas manqué de soulever une véritable levée de boucliers, notamment de la part de l’association du 8 Mai 45 qui, en des termes clairs a descendu en flemmes Ziari. Une étape après l’autre, obstinément et méthodiquement, l’Assemblée nationale, Ziari principalement, puisque les députés devaient avoir d’autres chats à fouetter, ce projet de loi qui devait déboucher sur d’éventuelles excuses de la France à l’égard de l’Algérie, comme ce fut le cas pour l’Italie envers la Libye, sans que cela ne diminue de la grandeur de “la grande botte», va, à cette allure, patienter jusqu’à ce que le vent de l’incompréhension soufflera sur les deux rives de la Méditerranée. Le problème est que, pour faire plaisir à la France et ne pas l’encombrer avec des dossiers aussi sensibles, en vue d’une embellie, le président de l’APN s’est cru pouvoir se justifier en annonçant que “l’Algérie continuera toujours à exiger du colonisateur de reconnaître ses crimes”. Histoire de tempérer les ardeurs et retarder les échéances. Entre l’Algérie et la France, les relations n’ont jamais cessé d’être aussi passionnelles qu’orageuses. Et ce veto apporté par Ziari en est la parfaite illustration.

Or, tant que l’Hexagone persiste à désavouer ses méfaits en Algérie, en glorifiant ses 132 ans de présence forcée en terre d’Algérie, le brouillard ira en grossissant au détriment de l’intérêt commun qui serait de développer un partenariat économique qui pourrait être porteur d’évolutions politiques prometteuses.

Face au défi d’une entente d’ampleur, avec l’ex-colonisateur, pour des considérations historiques et de voisinage, la mise à l’écart de ce projet de loi renseigne sur la lucidité douteuse des gouvernants qui ont cette manie à confondre entre l’essentiel et l’accessoire. Autre question, maintes fois ressassée et qui pourrait donner matière à rachat à nos députés.

Au lieu de lever la main, geste très rémunéré au demeurant, ils ont encore cette possibilité de justifier ce salaire en apprenant à dire non. Et ce ne sera que justice. Mais entre l’opulence et l’intelligence, le choix semble déjà être fait.

Ferhat Zafane