Edition / Le Crapaud de Makouda : Un livre bien ficelé de Geneviève Buono

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La Kabylie continue à fasciner et à inspirer les écrivains des deux rives de la méditerranée. Geneviève Buono fait partie de ces artistes amoureux du pays de Si Muhend Umhend.

Les éditions françaises l’Harmattan viennent de publier un livre, très intéressant, intitulé Le Crapaud de Makouda. C’est une pièce théâtrale écrite par Geneviève Buono, une talentueuse écrivaine qui a grandi dans l’Algérie d’avant l’indépendance. Installée à dans la région parisienne, elle a enseigné les mathématiques comme elle a animé un atelier d’écriture. Elle est auteur de plusieurs livres, entre autres, Soupçons et La Mouette rieuse. Le nouveau-né littéraire de Buono est un texte d’une rare beauté. L’auteur nous raconte une histoire qui se déroule en Algérie, vers 1955. Hélène, une petite fille qui passe de longues heures à jouer au soleil avec ses amis kabyles, dans une ambiance singulière. Gaie, elle rêve d’écrire des contes et demande à son père de l’aider… Ses parents, tous les deux des instituteurs, s’engagent aux côtés des Algériens pendant la guerre d’Algérie et le père ne tarde pas à être arrêté. Ecrit dans un style accessible, ce livre est très captivant. «En Kabylie, les filles n’ont pas d’école. Des fois, je vais dans la classe de ma mère. Tous les garçons sont pareils : pieds nus avec une djellaba trouée. Le crâne rasé ça leur donne un air bizarre. Ils me regardent sans rien dire, moi j’aime bien. Je suis comme une princesse. Ma mère dit «Viens près de moi» et je m’assois devant, ça me plaît beaucoup. Je reste là je ne dis rien, je profite de ma mère, comme si j’étais seule avec elle. Ma mère est belle mais malicieuse. Avec une longue perche, elle montre le tableau et les cinquante garçons lisent : «un oiseau s’est posé sur une branche», «la danseuse tourne comme une toupie», «la poupée blonde regarde la fumée», écrit la femme de lettres. Cette œuvre nous parle d’une période morose et mouvementée de la Kabylie colonisée. Par le truchement des dialogues, Buono nous invite à un voyage dans le temps. Hélène, Kamel, Omar et les autres protagonistes incarnent un passé lointain, un passé ressuscité par la nostalgie de l’auteur. Le Crapaud de Makouda est une pièce théâtrale bien réussie ; un texte court (40 pages) à lire d’un seul coup. C’est aussi un travail artistique magnifique que les amoureux de la planche peuvent interpréter. Geneviève Buono, comme son père qui a déjà publié un livre sur la Kabylie, intitulé L’Olivier de Makouda continue ses quêtes littéraires et ses virées nostalgiques. L’écriture littéraire nous permet d’exprimer nos sensations humaines et profondes, en dépassant le temps et l’espace. C’est un processus ininterrompu sur l’incommensurable chemin de l’humanisme. La famille Buono connaît bien ce sentier qu’elle emprunte depuis des décennies.

Ali Remzi

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