Il ne se passe pas un jour ces derniers mois, sans qu’une révolte ne détrône une actualité nationale pourtant voulue comme paisible et sereine. Souvent, ce recours à la violence dénoncé par les pouvoirs publics, et parfois par des élus de l’opposition, exprime un ras-le-bol qui ne cesse de s’aggraver. Une évolution inquiétante alors que la situation financière du pays est perçue comme plus ou moins confortable. Qu’est-ce qui pourrait bien expliquer la prolifération du recours à la violence dans une période qualifiée de confortable financièrement, alors que jadis lorsque le pays a connu la pire des crises et un étranglement comme il en a rarement connu?
Plusieurs explications peuvent êtres avancés. Bien évidemment aucune ne suffit à elle seule de nous éclairer sur l’ensemble et les raisons de ces révoltes à l’échelle nationale, car les motivations diffèrent d’une ville ou d’un quartier à autre. Il serait donc prudent d’avoir une grille de lecture et d’analyse inspirée par la connaissance spécifique de chacune de ces expressions, sans pour autant perdre de vue, la nécessaire observation de la transversalité de quelques éléments qui tendent à favoriser leur émergence et nourrir la dynamique de leur croissance.
L’une des explications souvent avancée est la fermeture du champ politique par le pouvoir. Cette réalité dénoncée par l’opposition ne cesse de porter préjudice à l’image de l’Algérie et handicape structurellement le système politique dans son fonctionnement. Elle empêche l’ensemble de la société d’engager un processus de transition paisible, lent et nécessaire vers une démocratie effective. Un système dans lequel, les partis jouent leur rôle de réceptacle des doléances des citoyens et un véhicule de transmission de leurs inquiétudes.
De cette fermeture, il en résulte une amnésie des partis politiques y compris dans leur fonctionnement interne. L’absence de débat à la fois au sein même de ces partis qui aurait pu atténuer l’intensité des mécontentements, à défaut de pouvoir les absorber, ou de justifier parfois, les choix adoptés pour mieux se réapproprier des politiques publiques.
Dans les rares lieux où certains élus de l’opposition président la gestion des affaires locales, une coupure entre les élus et leurs citoyens ne cesse de s’aggraver. Cette évolution paralyse le fonctionnement des institutions locales et menace l’existence de l’exercice même du pouvoir en faisant miroiter une perspective d’ingouvernabilité des territoires.
L’autre explication renvoie aux choix des politiques économiques adoptées, et leur mode de conduite particulièrement désastreux. Face à une demande internes qui s’accroit plus vite que les capacités de réponse institutionnelles de l’Etat (affaiblit par la nature du système politique et son fonctionnement), ce dernier tente d’organiser sa réponse par une injection massive d’un budget d’investissement sans prendre le temps de faire le diagnostic pertinent.
Cette méthode en réalité cache une volonté du pouvoir d’acheter la paix sociale à tout prix. De cette obsession, des choix économiques se transposent sur l’ensemble des wilayas sans jamais les adapter aux spécificités locales. Ignorant à la fois les enjeux d’aménagement du territoire dans chacune d’entre elles et leur structure économique et sociale particulière.
Les administrations dépassées par l’énormité de la demande et les échéances d’une logique d’absorption budgétaire, considéré à tort comme seul élément d’évaluation des politiques publiques, reproduisent les mêmes erreurs sans jamais se soucier de la prodigalité du gaspillage que cela engendre.
C’est dans ces conditions que survient la révolte des habitants de la commune de Tizi N’berber au cours du mois de mars 2010, provoquée par les augmentations décidées par les transporteurs de voyageurs. Et voilà que les habitants de la commune de Tichy excédés par les fréquentes coupures d’électricité de recourir à la violence pour se faire entendre, après qu’on a assistés à des occupations des sièges dans d’autres communes comme moyen de protestation.
Ces manifestations sonnent comme un avertissement au pouvoir qui doit sérieusement prendre en compte :
D’abord, parce que l’essentiel des sujets qui nourrissent la contestation dans cette région sont provoqués par la défaillance des directions exécutives. Ces dernières ne sont que la déclinaison des compétences de l’Etat, dont le fonctionnement empêche les élus d’exercer un droit de regard, ou du moins, contribuer à dessiner les contours de leur stratégie d’action.
Ensuite, contrairement aux autres régions, ces communes sont gérées pas des élus de l’opposition qui dans l’ensemble lorsqu’il sont appelés à délibérer sur les rares sujets qui relèvent de leur domaine de compétence, leur choix ne suscitent pas des contestations majeurs et tendent dans l’ensemble à recueillir un soutien large et s’expriment dans la transparence.
Enfin, la prolifération de ce genre de contestation est un signe majeur de la croissance du sentiment de rejet et complique de ce fait l’exercice de gouvernance. Et lorsqu’il se conjugue à une méconnaissance des citoyens de la répartition des compétences, entre les service de l’Etat et les prérogatives des élus, aggravé par un déficit de communication de ces mêmes élus, faute d’avoir fait le travail pédagogique nécessaire, les manifestations cristallisent dès lors, tous les mécontentements et donnent lieu à tous les débordements qui empêchent de situer clairement les responsables.
Face à cette évolution revendicative annonciatrice des lendemains les plus imprévisibles, il en est de l’intérêt des formations politiques locales de prendre les devants et de s’expliquer sur leur action.
Ces manifestations à défaut de contribuer à leur donner un contenu bien défini, elle finiront par jeter le discrédit sur la gestion locale des élus, offrant ainsi au pouvoir un argument de taille pour justifier le resserrement qu’il tente d’imposer avec le nouveau code communal en cours d’adoption.
L’ère des grandes manœuvres semble être amorcée et les échéances électorales en perspectives ne rassurent guère le pouvoir actuel. Les partis n’ont plus le temps, ils doivent accélérer la cadence de leur restructuration au risque de se voire pris dans l’engrenage de la gesticulation.
Laid Idir
