Par Anouar Rouchi
– Papa, c’est quoi ce vote du 29 septembre ? Il n’y a ni maires, ni députés, ni président à élire… – Ça s’appelle un référendum mon fils, un référendum. – Et c’est quoi ?- Le président de la République soumet une charte au vote de la population. Il n’y a que deux types de bulletins : le bulletin « oui » et le bulletin « non ». – En somme, les électeurs n’ont d’autre choix que d’adopter ou de rejeter le texte, sans possibilité de le discuter et, le cas échéant, de l’amender… – Tout à fait, mon fils. Mais cela n’empêche pas une campagne d’explication. – Justement, papa… moi je n’y comprends rien à cette campagne. Que le Président sillonne le pays pour expliciter et promouvoir son texte, je le conçois. Mais tous les autres, ils me donnent le tournis… – Il n’y a rien de plus naturel, mon fils, que les chefs politiques donnent leur avis sur la charte. Ils la défendent s’ils y adhèrent et la dénoncent dans le cas contraire. L’objectif, il va de soi, est de peser sur le choix des électeurs. – Mais papa, si je comprends bien, il s’agit, pour tout ce beau monde, de mettre en valeur les aspects positifs de la charte s’ils sont d’accord avec son contenu et d’en dénoncer les dispositions négatives s’ils s’y opposent… – Tout à fait, mon fils. En tout cas c’est comme cela que ça devrait théoriquement se passer. – Quelque chose m’intrigue pourtant… Est-il possible d’être à la fois contre et d’accord ?- Cela me paraît difficile, mon fils. Encore que, chez nous… – Voyons papa. Quand un leader qui siège au gouvernement dénonce les deux principales dispositions de la charte, cela veut dire qu’il est contre. Mais il fait campagne pour… – Celui-là mon fils, est connu pour sa duplicité. D’un côté il veut rester dans les bonnes grâces de Bouteflika pour ne pas perdre sa position au sein du pouvoir, de l’autre il veut gagner les sympathies des anciens du Fis qu’il fait semblant de défendre. – Là aussi, quelque chose me surprend. Ces anciens du Fis, justement adhèrent à la charte. Or, celle-ci les exclut définitivement du jeu politique. Peut-on être maso à ce point ?- Il y a mieux que cela, mon fils, puisque le texte les désigne comme uniques responsables de la tragédie. Mais, vois-tu, les voies de la politique sont parfois impénétrables. Parmi eux, y en a-t-il sans doute qui, habitués au laxisme et aux contradictions de l’Etat, pensent que cette disposition ne sera pas appliquée au pied de la lettre ou qu’elle finira par être oubliée. Ils pensent donc gagner du temps ainsi. – D’aucuns disent que cette charte consacre l’impunité des terroristes. Est-ce vrai ?- Non. Soit ils ne savent pas lire, soit ils sont de mauvaise foi, soit encore ils sont aveuglés par une douleur trop grande et bien compréhensible en vérité. Il n’y aura ni amnistie ni impunité. – Je t’ai entendu dire la dernière fois que cette charte comporte tous les éléments d’un projet de société républicain et moderne. Je veux bien te croire. Mais qu’est-ce qui garantit sa concrétisation ?- Rien. Rien, mon fils sinon le combat permanent de tous ceux qu’y croient. La démocratie, la liberté, la modernité, c’est une lutte au quotidien. – Décidément, c’est trop compliqué. Papa, je crois que je ne ferai jamais de politique. – Et pourtant tu devrais, mon fils. A moins que tu n’y sois contraint.
A. R.
