Le gouvernement ambitionne d’investir dans les nouvelles énergies : De quoi sera fait l’après-pétrole ?

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Sans se départir de sa propension justifiée à argumenter par les chiffres, le Premier ministre, M. Ahmed Ouyahia, a, lors de son discours, jeudi dernier, de politique générale devant les députés, laissé transparaître une vérité qui résume on ne peut mieux la situation générale du pays.

« La prospérité dans notre pays est nourrie par le Trésor public », ce qui, en d’autres termes, revient à dire, que c’est toujours l’argent du pétrole, le grand pourvoyeur du Trésor, qui sustente cette illusion de richesse. Tout, ou presque tout, a été dit à propos de cette maudite dépendance charnelle de l’Algérie, par rapport à cette énergie fossile constituée de gaz et de pétrole. Un espoir fou a même été suscité chez nous, au cours de ces dernières années, par la dépendance avérée de l’Europe par rapport au gaz qui lui est fourni par la Russie et l’Algérie.

L’on a cette impression que le pays –autorités, partis politiques, médias et même de simples citoyens-intègrent de façon presque spontanée, en tout cas assez ‘’naturelle’’, l’héritage d’une rente constituée par la floraison-pourtant devenue maintenant un simple souvenir- du marché pétrolier qui situait le baril superbement au-dessus de 100 dollars il y deux ans de cela. Cette trop diligente façon d’ ‘’assimiler’’ des données qui ne doivent pratiquement rien au génie algérien et de les prendre comme étant de nouveaux ‘’acquis sociaux’’ ne présente aucun avantage et charrie, en revanche, dans son sillage, toute la symbolique des travers de la gestion économique du pays tels qu’ils sont connus jusqu’ici.

Depuis le début du nouveau millénaire, les prix des hydrocarbures- en dehors de quelques moments assez courts de flottements en dents de scie- n’ont pas cessé jusqu’en 2008, d’évoluer en courbe exponentielle. Cette situation qui a pénalisé les grands pays importateurs a quelque peu échappé aux prévisions des courtiers et économistes qui avaient pris l’habitude de lier toute évolution des prix aux facteurs climatiques, qui dopent la consommation, et aux aléas politiques qui risquent de compromettre l’exploitation ou l’acheminement de l’or noir. En effet, les menaces auxquelles font face les entreprises occidentales dans les pays de production, la diminution des stocks stratégiques aux Etats-Unis et la tension chronique au Moyen-Orient avaient presque toujours propulsé la bourse du pétrole.

Pour ces raisons liées à la géostratégie mondiale, en vue de s’inscrire également dans la nouvelle démarche de la lutte contre la pollution et les changements climatiques- démarche dictée par le protocole de Kyoto et par les recommandations du sommet de Copenhague et, enfin, pour se préparer à l’ère de l’après-pétrole, l’Algérie n’a d’autre choix que d’investir dans le créneau qui commence à s’imposer maintenant à l’échelle planétaire, celui des énergies nouvelles et renouvelables. Etant stratégiquement positionné par rapport aux deux grandes sources des nouvelles énergies, le solaire et l’éolien, notre pays suscite déjà des convoitises pour assurer aux pays de l’Europe leur avenir énergétique. La centrale électrique alimentée par le solaire prévue à Adrar par les Allemands n’est qu’un petit maillon de ce qui se dessine comme étant une grande chaîne de ‘’bons de commande’’. C’est ce qui apparaît dans le méga-projet Desertec fixant le désert du Sahara et le désert du Moyen-Orient, comme les futurs pourvoyeurs d’énergie solaire et éolienne pour l’Europe. Sur ce dernier continent, les recherches n’ont pas cessé dans le domaine des technologies devant aboutir à une utilisation de plus en plus avancée de l’énergie électrique. La dernière voiture électrique présentée il y a deux semaines, possède une autonomie de 80 km dans sa batterie. C’est un pas vers une reconversion plus poussée des appareils et des machines de façon à ce qu’ils fonctionnent aux énergies nouvelles et renouvelables. Ces dernières comprennent évidemment les bioéthanols qui, depuis 2008, ont quelque peu contribué à la crise des produits alimentaires dans le monde.

En Algérie, les premiers panneaux photovoltaïques de production nationale sont prévus à l’horizon 2012. Cependant, des expériences à petite échelle dans des villages du grand Sud ont déjà montré les grandes possibilités de l’Algérie en la matière, y compris sur le plan de la maîtrise technique des procédés d’installation et de gestion des panneaux solaires. Certaines bourgades des Hauts Plateaux ont été dotées en énergie solaire par le Haut commissariat au développement de la steppe (HCDS)

Jeudi dernier, le ministre de l’Energie et des Mines, M.Youcef Yousfi, a annoncé qu’un ‘’ambitieux programme’’ pour le développement des énergies renouvelables sera présenté au gouvernement avant la fin de l’année.  » Nous allons présenter avant la fin de l’année, un programme ambitieux en matière de développement des énergies renouvelables « , a-t-il indiqué dans une déclaration à la presse en marge d’une séance plénière à l’APN consacrée au débat sur la déclaration de politique générale du gouvernement.  » C’est un programme qui comprend un certain nombre de projets que nous allons réaliser en Algérie « , a-t-il précisé. Le ministre a expliqué que parmi ces projets, certains seront réalisés en partenariat, soulignant que  » nous allons demander trois choses à nos partenaires étrangers : l’acquisition de technologies en ce qui concerne les laboratoires de recherche et l’expertise, la fabrication des équipements nécessaires au développement des énergies renouvelables en Algérie, car le coût de leur importation serait excessif, et l’exportation des excédents d’électricité produite à partir de ces énergies vers des marchés extérieurs, notamment européens « .

Amar Naït Messaoud

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