À l’approche du 28 octobre, date symbolique du calendrier agricole berbère puisque coïncidant avec «Lahllal», qui donne le coup d’envoi de la période propice à tous les travaux des champs, mais aussi à la saison de ramassage des olives à travers les quatre coins de la Kabylie, nos vergers arborent déjà les couleurs des grands jours, avec notamment un manteau d’une verdure éclatante jalonné ça et là du jaune que lui procurent des centaines d’espèces de fleurs qui peuplent ces étendues paradisiaques, comme pour annoncer une grande fête du côté des oliveraies et qui ne durera pas que sept jours et sept nuits comme dans les légendes berbères que murmurent encore nos mamans chaque soir aux oreilles des petits mioches. En empruntant les routes nationales 12 ou 26, mais aussi tous les chemins de la vallée et de ses hauteurs, un constat réjouissant s’offre aux yeux. Sous le poids des quintaux d’olives, même les plus hautes branches des oliviers, flirtent avec le sol humide du fait des dernières précipitations. En effet le cataclysme a été évité de justesse après l’arrivée des dernières pluies qui étaient plus que salvatrices à cette récolte après une fin de septembre et un début octobre des plus cauchemardesques avec leurs vagues de chaleur frôlant l’apocalypse. Sur la route des oliveries du côté d’Ath Waghlis, Da Mohand Amokrane, un paysan accompagné par ses trois petits enfants et sa femme d’un certain âge, que nous avons abordée à ce sujet nous dira : « Dieu merci, cette année la récolte d’olives s’annonce très prometteuse, les huileries modernes et même traditionnelles ont du pain sur la planche et le prix de l’huile sera à nouveau dans le rationnel puisque ces dernières années, il a frôlé des sommets jamais atteint auparavant». Même son de cloche du côté d’Ath Mansour, Sidi Aïch, Seddouk ou encore Akbou, où les paysans ont déjà terminé les premiers travaux relatifs au nettoyage des sols et des alentours des oliveraies, des travaux nécessaires pour faciliter l’opération du ramassage qui arrivera dans quelques jours, puisque les citoyens n’attendant que l’aval des comités des villages qui sont entrés dans une série de réunions de concertation pour arrêter la date du coup d’envoi de cette opération, mais aussi comme chaque année ressusciter une certaine charte qui se dressera comme garde-fous, en face des maraudes, qui constituent, en fait, un vrai casse-tête où tout simplement, le souci majeur des citoyens. C’est le sujet qu’a eu à traiter la réunion qui a regroupé très tard dans la soirée de ce vendredi 22 octobre, les citoyens du village Tasga sur les hauteurs du douar Ikedjane qui ont fixé la date du 1er Novembre pour le début de la saison de cueillette d’olives, mais aussi l’interdiction de tout ramassage illégal, vente ou achat de cette récolte jusqu’à ce que le dernier paysan soit rentré de ses oliveraies. En effet, au delà d’être une richesse, l’olivier et le symbole de cette belle et rebelle Kabylie, et c’est à travers l’huile d’olive que communique cette terre avec tous les Kabyles. Oui c’est à travers cette substance qui résiste aux meules et aux pressoirs que des pans entiers de notre culture arrivent pour lubrifier la machine d’un peuple frustré c’est aussi à travers lui qu’ont reçoit ces flashs d’un passé qui oriente nos pas vers l’avenir et nous guide dans un présent des plus ténébreux.
Arezki Toufout
