Le chômage, notamment chez les jeunes, continue d’enregistrer des taux très élevés au niveau de la wilaya de Tizi Ouzou. La situation n’est guère reluisante au vu de l’énorme travail qui reste à accomplir pour satisfaire les besoins de la wilaya en termes d’emploi et pour équilibrer un marché dont l’offre et la demande ne vont pas sur la même lignée. Il y a, en effet, un énorme décalage et un déséquilibre flagrant entre les offres d’emploi existantes formalisées au niveau des différentes agences de recrutement et la demande de la population, de la masse juvénile en particulier, qui, une fois le diplôme acquis, la formation achevée, font face à ce «fléau» qu’est le chômage endémique.
Bien évidemment, ce n’est guère les explications et autres dissertations sur les raisons d’un tel état de fait qui manquent. Chacun y va de sa propre argumentation pour expliquer les taux élevés de chômage dans la wilaya de Tizi Ouzou. La donne sécuritaire, l’absence d’un bassin industriel à la hauteur des besoins de la capitale du Djurdjura et autre raison évoquée pour justifier un désarroi, une misère. Cependant, ces raisons tendent toutes, vers la même conclusion, la même réalité amère, celle des jeunes, des seniors aussi, qui se retrouvent face à un mur bloquant leur évolution, empêchant leur épanouissement social et jetant un vent de désespoir dans les cœurs de milliers de candidats à l’emploi. Il est vrai que la crise n’est pas l’apanage de la wilaya de Tizi Ouzou, de la Kabylie ou de notre pays seulement, c’est un phénomène qui touche le monde entier, toutefois, l’autosatisfaction et l’optimisme démesuré des autorités en charge du dossier au niveau local ne manque pas d’en rajouter à l’amertume des “victimes” du chômage. La dernière session ordinaire de l’Assemblée populaire de wilaya consacrée à l’étude des secteurs de la Santé de la Culture, de l’Action sociale et du secteur de l’Emploi, a, dans ce sens, relevé la « satisfaction » de la direction de l’emploi de Tizi Ouzou, des réalisations et autres placements “réussis”. Dans le document remis à l’Assemblée de wilaya et à la presse, il est mentionné de prime abord que la “nécessité de rompre avec le traitement social du chômage, a amené les pouvoirs publics à mettre en œuvre des réformes permettant d’améliorer et d’adapter les différents dispositifs de l’emploi suivant les nouvelles règles tracées par le nouveau contexte économique”. “L’insertion” des jeunes dans le milieu professionnel à travers des dispositifs et autres contrats de deux ans, consacre donc une “nouvelle approche” loin du “social”. Une nouvelle vision impose de nouveaux procédés et une nouvelle manière de traiter avec les candidats à un poste d’emploi. La direction de l’emploi de Tizi Ouzou précise que pour mettre en application cette “nouvelle approche», quatre structures déconcentrées s’attellent et activent à la prise en charge de la problématique du chômage. Il s’agit de l’Agence de wilaya d’emploi, l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (ANSEJ), la Caisse nationale d’assurance chômage (Cnac) et la direction de l’emploi de wilaya. Ces quatre structures assurent-elles pour autant, un suivi personnalisé pour chaque candidat, comme il se fait d’ailleurs, sous d’autres cieux ? Existe-t-il au niveau des différentes agences d’emploi, des conseillers à l’écoute des candidats leur assurant conseils et orientation ?
87% des demandes d’emploi non satisfaites !
Loin de l’autosatisfaction des uns et des autres, la réalité est là et interpelle les responsables du secteur, pour une prise en charge effective, loin de la logique des statistiques officielles dévoilées par-ci, par-là. A Tizi Ouzou, la direction annonce un chiffre de 3 091 placements durant les trois premiers trimestres de l’année en cours contre une demande d’emploi de 23 086 demandeurs soit un taux de 13% de demandes satisfaites ou l’inverse c’est-à-dire quelque 87% de demandes d’emploi non encore satisfaites. 87% c’est tout de même important et montre le travail titanesque qui reste à accomplir pour satisfaire une demande qui prend de plus en plus une courbe ascendante. Sur ce point, il y a lieu de préciser que 700 postes restent à pourvoir pour cette année afin de satisfaire les 3 791 offres d’emploi disponibles. En 2009, la wilaya de Tizi Ouzou a enregistré 27 904 demandes d’emploi contre 4 892 offres et 4 194 placements.
«Les offres non satisfaites durant 2009 s’expliquent par l’annulation de certaines offres par certains employeurs et la non-disponibilité de certains profils », explique la direction de l’emploi dans son rapport présenté durant la dernière session de l’APW. Concernant les conventions signées avec les différentes entreprises économiques, il est à noter une évolution positive puisque le nombre est passé de 185 en 2009 à 342 conventions signées au cours des trois premiers trimestres de l’année en cours. Au delà de cette logique des chiffres, il faut soulever les dures conditions d’accueil des candidats à ces postes dans les différentes agences qui ne répondent, malheureusement pas, aux conditions qui doivent prévaloir. C’est le cas de le dire pour le siège de l’AWEM de Tizi Ouzou, qui ne répond plus aux exigences de l’heure eu égard au nombre important de demandeurs qui prennent d’assaut ces bureaux. La dotation de l’AWEM d’un siège digne de ce nom libérera les candidats des souffrances au quotidien, que rencontrent ces derniers à chaque fois qu’ils s’adressent au bureau de cette agence d’emploi et de bénéficier d’un suivi personnalisé à même de permettre aux conseillers de l’agence d’orienter les jeunes dans des postes et autres formations porteuses de débouchées sur le plan professionnel. Autre bémol, la persistance des non ou retard dans le paiement des jeunes insérés dans le cadre des différents dispositifs d’insertion professionnelle. Des jeunes ont récemment pris attache avec notre rédaction pour soulever et dénoncer cette situation. «On attend le versement des rappels mais rien n’est fait. je me suis déplacé en fin à la direction d’emploi, on me signifiera que ma fiche de présence a été égaré et donc je suis dans l’obligation de fournir une autre fiche de présence. Mon employeur refuse de me délivrer une autre et là je risque de perdre un mois de salaire, c’est inconcevable », nous dit l’un des jeunes en question.
Omar Zeghni
