C’est delà que tout est parti ! D’une Kabylie prête à tout donner pour le pays, résolument engagée contre le joug colonial et entièrement mobilisée dans et autour de l’Armée de Libération nationale. La Kabylie a vu naître la révolution, ses enfants l’on faite, les jeunes générations se souviennent aujourd’hui.
Perchée sur les hauteurs de la daïra des Ouadhias, surplombant les idylliques paysages d’une région qui porte en elle un patrimoine historique des plus prolifiques, Ighil Imoula est l’un des trois villages historiques de la commune de Tizi N’tleta, qui ont marqué l’histoire contemporaine du pays.
Aux côtés des Ath Abdelmoumène et Cheurfa, les hommes des Ighil Imoula ont répondu présents, dès les premières heures de la résistance algérienne contre le colonialisme, et ont marqué de leurs empreintes, la quête de liberté de tout un peuple.
Déjà en 1851, ce village perché à quelque 40 kilomètres du chef-lieu de wilaya de Tizi Ouzou, a servi de poste de commandement à la révolte populaire de Si Mohamed Lamdjed Ben Abdelmalek “en 1971, lors de la l’insurrection menée par la confrérie Rahmania à laquelle appartiennent Cheikh Aheddad et Cheikh El Mokrani, la population d’Ighil Imoula participa à l’insurrection sous la responsabilité de la famille Yalla dont l’un des membres fut déporté et détenu jusqu’à sa mort au bagne de Cayenne», lit-on sur un document préparé par la direction de la culture, inclu dans le dossier de proposition au classement du village historique de Ighil Imoula, en secteur sauvegardé. Cependant, c’est la période ayant précédé le déclenchement qui a vu la région de Tizi N’tleta, s’impliquer au point de constituer la base-arrière des préparatifs. En 1954, un groupe de jeunes de la région regroupé au sein d’une organisation paramilitaire prit en charge la mission que lui confièrent les responsables de la Wilaya III, Krim Belkacem, qui consista en la reproduction et la diffusion en millier d’exemplaires de la Proclamation du 1er Novembre. Faisant partie du premier noyau qui a dirigé l’opération, Ali Zamoum recevra le journaliste Mohamed Laichaoui, chargé par l’organisation du mouvement national de dactylographier et imprimer la Proclamation du 1er Novembre. Un document né de la réunion du comité des Six (Mohamed Boudiaf, Bitat, Krim, Didouche, Ben Mehidi, Ben Boulaïd) un certain 23 octobre 1954, qui a d’ailleurs désigné Boudiaf et Didouche Mourad pour sa rédaction.
Le document de la direction de la culture parle des circonstances historiques qui ont accompagné la rédaction puis la diffusion du texte, socle de base de la révolution. « Arrivé à Ighil Imoula le 25 octobre 1954, Laichaoui a saisi, à la lumière d’une lampe à pétrole, la nuit-même, le texte sur stencil à l’aide d’une vieille machine à écrire au domicile de Ben Ramdani Aomar. Le tirage a eu lieu au domicile d’Idir Rabah, durant la nuit du 26 au 27 octobre 1954, à l’aide d’une ronéo car chez lui, il n’y avait pas d’électricité” et d’indiquer : “Il était difficile de tourner la ronéo sans faire de bruit qui risquait d’être entendu aux alentours. Or, la chambre d’Idir Rabah était située au-dessus d’une boutique où l’on veillait souvent tard dans la nuit. Pour couvrir le bruit de la ronéo, les militants chargés de cette opération ont organisé une tombola dans la boutique en question, le tirage a été accompli dans le secret total. ”
La Kabylie… bastion de la lutte pour l’indépendance
A la lecture de ces détails poignants sur ces moments forts et émouvants de l’Histoire algérienne, on comprend bien la volonté de fer et l’intelligence de ces hommes qui ont jeté les jalons d’espoir dans les cœurs de ces Algériens avides de liberté.
A partir de cette paisible région de Kabylie, un événement allait bouleverser le monde, une puissance coloniale allait tomber sous les feux des fusils de combattants dans l’engagement et la sincérité n’ont d’égal que la noblesse de la mission qu’ils se sont assignés, libérer le pays du joug du colonialisme. L’engagement de la jeunesse kabyle, non seulement à Ighil Imoula mais partout en Kabylie, a été pour beaucoup dans le retentissant succès des premiers pas de la Révolution de 1954. Benjamin Stora, l’historien français décrit les premiers moments qui ont vu la région s’engager, corps et âme, pour l’indépendance du pays. “Un jour sec et froid se lève sur Ighil Imoula, un bourg de la Kabylie accroché aux contreforts du Djurdjura, le 27 octobre 1954. Le garde champêtre, un des rares habitants du village à être “du côté des Français», n’entend pas la ronéo qui tourne à plein régime chez l’épicier Idir Rabah”. C’est là qu’est tiré à plusieurs centaines d’exemplaires, le texte de la Proclamation du Front de libération nationale, daté du 1er Novembre, appelant à l’insurrection contre la France. Le stencil a été apporté d’Alger et pris en charge à partir de Tizi Ouzou par des militants. Le dimanche suivant, 31 octobre 1954, il fait un temps gris sur la montagne kabyle, et Krim Belkacem pense à l’hiver qui s’annonce. Et à ce que les maquisards, ses hommes, vont subir. A de rares exceptions près, aucun d’entre eux n’a jusqu’ici réellement vécu en clandestin. Vers 10 heures du matin, un messager emporte six petites lettres griffonnées de son écriture fine. Le même message, pour les six chefs de région : “Ordre de passer à l’exécution des plans arrêtés ensemble. Début des opérations : cette nuit à partir de 1 heure du matin. Respecter strictement les consignes : ne tirer sur aucun civil européen ou musulman. Tout dépassement sera sévèrement réprimé. Bonne chance et que Dieu vous aide. Fraternellement, Si Rabah. ” “Si Rabah” est le pseudonyme de Krim Belkacem, qui tient le maquis en Kabylie depuis de nombreuses années.
“Le village de Ighil Imoula comptera à la fin de la révolution, 90 martyrs dont le mémorial érigé au centre du village, consacrera à jamais les sacrifices d’une génération de militants qui, au détriment de leur jeunesse, se sont battus pour que vive la Nation libre et indépendante. ”
Omar Zeghni
