Sans doute l’avez-vous déjà remarqué aux abords de la route nationale N°26, cette foison de déchèteries qui accrochent le regard, autant par leur aspect lugubre que par leur incongruité.
Nous avons dénombré sur l’axe Akbou-Bgayet, une bonne douzaine de ces cimetières de ferraille rongée par la rouille, où s’entassent des objets hétéroclites de toutes provenances. «Nous débarrassons l’environnement des déchets qui l’empoisonnent, nous produisons de la valeur ajoutée et, cerise sur le gâteau, nous faisons vivre des familles», nous assène d’emblée Messaoud, un de ces commerçants atypiques installés à Chikhoune, près d’Ighzer Amokrane, comme pour signifier à ses contempteurs que son activité est ce qu’il y a de plus indispensable. «J’exerce dans la légalité. Je suis inscrit au registre de commerce et je paie les impôts», surenchérit Messaoud, qui loge dans un baraquement de fortune, érigé sur le site qu’il loue, selon ses dires, à 8000 DA le mois. Dans la région de Sidi Aïch, un autre dépôt de bric et de broc, dont le propriétaire décline la raison sociale : récupération de déchets. A ceci près, cependant, qu’ici on fait dans le plastique de rebut, en plus des métaux ferreux et non ferreux. «Tous les déchets que vous voyez, sont destinés au recyclage, qui leur donnera une seconde vie. Ils sont refilés, soit à des transformateurs locaux ou exportés, pour le cas des métaux à forte valeur marchande», soutient-il. Un détail nous a intrigués chez ces commerçants au bagout de camelot, très habiles à tenir le crachoir. C’est leur promptitude à se dérober dès qu’on essaie d’aborder les recettes et les bénéfices tirés de ce négoce, pas comme les autres. Un seul commerçant installé au village Laâzib, près de la ZAC de Taharacht, a consenti à lâcher le morceau, sans toutefois trahir ce qui semble être un secret professionnel bien gardé. «Les prix varient de 5 à 10 da pour le fer et le zinc. Ils peuvent culminer à 200 da pour le cuivre qui est très convoité. Quant aux chiffres d’affaires, ils sont globalement encourageants», confesse-t-il, quelque peu embarrassé.
N. Maouche
