Jamais, de mémoire de la population locale, le bureau de poste n’a attiré tant de monde, tout comme personne ne se souvient de telles bousculades, pour 5000 dinars. Les chaînes, pour un hypothétique retrait d’argent, se forment maintenant, dès six heures du matin.
Qu’à cela ne tienne ! Même à ce prix, personne n’est sûr de repartir avec «sa quote-part» qui lui permettra de tenir quelques jours. Si, vendredi dernier, les postiers ont travaillé jusqu’à midi, ils n’ont en revanche, pas été en mesure d’endiguer cet afflux de fonctionnaires, avides de racler leurs comptes CCP. Dès le lendemain, la situation de manque, pour ne pas dire de blocage, s’est reproduite, à nouveau. Les premiers usagers ont pu être servis alors que les autres ont dû attendre mais en vain, jusqu’à la fermeture. Dimanche, le bureau de poste était assiégé pendant toute la journée. Une seule rumeur circulait : «l’argent va arriver». A dix sept heures, les espoirs s’envolèrent et les chaînes fondirent comme neige au soleil. Les caisses ne seront pas alimentées ce jour là à la grande déception de ceux qui espéraient faire face à « thassewiqth » (le marché), en disposant de leur argent. Ces centaines de personnes se donnent tout de même, rendez vous pour la matinée de Lundi, car comme nous dit un vieil homme «on ne sait jamais». Dans la foule compacte où il est difficile de se frayer un passage, de vieux retraités à la santé fragile et des femmes de tous âges, attendaient qu’on daigne leur céder le passage jusqu’au guichet. Mais, lors de grandes affluences de ce genre, les « ventres affamés n’ont point d’oreilles ». Personne ne fait attention à ces « faibles » qu’on devrait, logiquement canaliser vers des guichets ouverts spécialement pour eux. Ils méritent eux aussi un minimum d’égards ne serait-ce que pour leur état physique. Les caisses ont finalement été alimentées et les bourses renflouées même si c’est avec un peu tard. La crise est-elle pour autant passée ? Personne ne peut le dire.
A. O. T.
