Il suffit, semble t-il, de si peu de choses pour que l’apôtre angélique se mue en moine bourru et acariâtre, jusqu’à se métamorphoser en bête immonde capable des pires sévices. La souffrance endurée par les personnes âgées auprès des leurs, est de ceds problèmes dont il est pour le moins malaisé d’appréhender l’étendue ni de mesurer les conséquences. La loi de l’omerta y est de rigueur !Une maltraitance qui confine d’autant plus au drame qu’elle est infligée par un proche parent, censé apporter chaleur et affection et dont on ne soupçonne nullement l’aptitude à la cruauté. Et pourtant, ces mauvais traitements subis dans nos chaumières revêtent des formes très diverses : violence verbale, sévices corporels, refus ou négligeance de soins, détournement de pension, privation de nourriture, et j’en passe. Les échos qui nous parviennent par oui-dire de nombreuses localités de la wilaya de Bgayet, sont horrifiants. Visage fripé, démarche titubante, Dina, appelons-là comme ça, est au crèpescule de sa vie, humiliée chaque jour que Dieu fait, par le comportement indigne d’une sœur revêche : faconde malséante allant jusqu’au fouet. Excedée, Dina a fini, après de longues années de calvaire, à mettre les bouts en allant trouver refuge chez une autre frangine. Mal li en pris ! Car elle n’a échappé à la flagellation de l’une que pour succomber aux récriminations et aux plaisanteries aux coufins du mauvais goût de l’autre. Une vieille dame évoque, pour sa part, avec des relents d’amertume, la terrible condition de l’une de ses voisines septuagénaires, ravagée par la patine du temps et comble d’infortune ! — forcée au huis clos par sa mégère de bru : « En dépit de sa santé chancelante, elle est vouée aux tâches les plus ingrates. Elle n’a droit qu’à une maigre pitance et des haillons en guise d’habits. Et dire que c’est une famille aisée ! » Une autre personne nous rapporte l’insoutenable existance d’une femme de quatre-vingt ans, acculée à loa servitude par une fille abjecte. « En l’absence de son mari escilé, elle a fini par tout régenter en faisant régner la terreur à la maison. Quant à sa génitrice, elle lui fait subir quotidiennement brimades et insultes », témoigne-t-elle, sidérée. Les témoignages lèvent, si tant est que de besoin, un coin du voile sur le pitoyablesort de ces « loques » humaines souffrant le martyre auprès des leurs. Craignant sans doute les affres du rejet, la plupart d’entres elles ravatent leur douleur et se résignent au silence. On raconte que l’une de ces infortunées, horripilée par tant d’ingratitude et d’ignominie gratuite et ne voyant aucune issue à son supplice, aurait émis ce terrible vœu : « vivement le tréfas ! ».
Nacer Maouche
