Le plus grand village de Kabylie renoue avec la solidarité

Des scènes de liesse mémorables, que l’on a rarement vu, ont marqué tout au long du week-end dernier, la fête de l’Achoura à Takerboust, où une grande waâda a été organisée par un groupe de jeunes regroupés au sein d’une Association qu’ils appelleront ABJT ‘’Association de braves jeunes de Takerboust’’.

Une association née il y a quelques mois de cela, à l’initiative d’un groupe de jeunes bénévoles animés par le désir de faire changer les choses. L’idée qui a germé d’une manière anodine, lors d’une discussion autour d’un café a sérieusement commencé à prendre forme au fil des jours. Au tout début, les initiateurs ont commencé par ‘’s’attaquer’’ à un projet portant sur l’embellissement d’une placette du village. Un projet qui leur tenait vraiment à cœur et qui marque pour ainsi dire le début de leur entreprise d’apporter un plus à leur village, le plus grand de Kabylie, dit-on.

Le travail de sensibilisation entrepris par ces jeunes a fini par payer, puisque au bout de quelques temps, les dons avaient commencé à parvenir de partout. Aussitôt, le chantier avait été lancé et les travaux pris en charge bénévolement par les villageois qui y travaillèrent jour et nuit. Il a suffi de quelques semaines de travail acharné pour que la placette prenne forme, au grand bonheur des membres de l’Association qui voient ainsi leur projet aboutir. Ce fut là le début d’une aventure qu’ils décideront de continuer. C’est ainsi que l’avènement de l’Achoura tombait à pic. Ils se retroussèrent les manches et s’apprêtèrent à organiser une waâda, pour marquer l’événement. La waâda, la première du genre à être célébrée au niveau de ce village le plus peuplé d’Algérie, a mobilisé toute la population autour des initiateurs de l’événement qui s’annonçait déjà grandiose. En fait, la première mobilisation de ce genre a eu lieu au début des années soixante dix. Il faut dire que la tâche n’était pas des plus facile et les organisateurs étaient conscients de l’ampleur du défi à relever. Par conséquent, ils prendront les devants en y faisant appel à des dizaines de personnes volontaires, dont d’anciens animateurs du mouvement associatif. Même si les préparatifs ont commencé plusieurs jours avant le jour J, des réunions de travail et de suivi se tenaient pratiquement chaque soir. Durant une semaine, les commissions de travail et de suivi mises en place passaient en revue les moindres détails inhérents à l’organisation. Les dites commissions suivaient de près l’exécution du programme d’action tracé quelques jours auparavant. La veille du grand rendez-vous, tout était fin prêt pour le lancement des festivités qui devaient se poursuivre jusqu’au vendredi. A l’occasion, l’artère principale a été entièrement recouverte de drapeaux et de fanions. A l’entrée du village, une immense banderole souhaitait la bienvenue aux hôtes de Takerboust. Mercredi, dès les premières heures de matinée, les organisateurs, les premiers à arriver sur la place du village, qui servira par la suite au sacrifice des bêtes, étaient à pied d’œuvre. Un cordon de sécurité a été installé ainsi qu’un périmètre d’abattage. Les bêtes, 4 veaux au total, dont trois offerts par des bienfaiteurs étaient conduits sur les lieux et attachés soigneusement. Les bouchers, eux, n’attendaient que le coup d’envoi de l’opération de l’abattage. Au fil des minutes, les gens, de tout âges, commençaient à affluer de partout pour assister au sacrifice. Beaucoup ont bravé le froid glacial qui sévissait ce mercredi pour prendre part à cet événement tant attendu.

Les premiers flocons de neige ont commencé à s’abattre sur le village, offrant ainsi un décor des plus féerique. Vers 10 h du matin, une foule impressionnante était postée derrière le cordon de sécurité sous l’œil vigilant des jeunes chargés de la sécurité. Il était 11 heures passées, lorsque les bouchers assistés par de nombreux jeunes commencent l’abattage. En une demi heure, la première bête est mise à terre, sous les crépitements de centaines d’appareils photos. Aussitôt, elle est dépecée et débarrassée de ces tripes et autres abats. La scène s’est déroulée dans une ambiance extraordinaire marquée par beaucoup d’entraide. Le reste des bêtes sera conduit aux abattoirs. Une décision prise à l’unanimité et ce, en raison de la détérioration des conditions climatiques. En effet, la neige a redoublé d’intensité au milieu de la journée et les températures n’ont pas cessé de descendre jusqu’à atteindre quelques degrés au dessous de zéro Celsius. Sur les lieux, les bénévoles s’affairaient à nettoyer les lieux du sang et des restes de l’abattage. Vers 16h, toutes les carcasses seront acheminées et exposées sur la principale place du village. Commence alors l’opération de la découpe de  » bouzelouf « , en prévision de l’opération de la vente aux enchères prévue dans l’après-midi même.

Il était 17 heures, lorsque l’opération de la vente fut lancée. Plus de 150 parts de bouzelouf étaient proposés à la vente. Le prix de la part a été fixé à 200 DA. Comme aux enchères, un vendeur micro à la main, anime la vente sous les cris des acheteurs qui commandent, une, deux ou trois, parfois 4 parts de bouzelouf. Les têtes de veaux sont, elles aussi, cédées au plus offrant. L’opération s’est poursuivie près d’une heure durant, dans une ambiance bon enfant. Entre temps, au siège de l’Association, sis à quelques dizaines de mètres du lieu de la vente, d’autres équipes coordonnaient d’autres opérations. A noter que pour le lendemain, une opération de distribution de couffins aux profits des nécessiteux a été programmée. En tout, près de 200 familles ont été recensées au préalable. Une commission a été chargée de cette tâche ô combien symbolique en cette fête de l’Achoura, où comme à l’accoutumé les familles kabyles organisent un dîner copieux. Ce geste envers les nécessiteux est, de l’avis de tous, le fait marquant des festivités de cette waâda. Les membres de cette commission ont prévu de distribuer un panier rempli de légumes, de viande et de denrées alimentaires au profit des familles dans le besoin. Il faut dire que tout au long de la journée, des bienfaiteurs, de plus en plus nombreux, apportaient leur aide en matière de denrées alimentaires ou proposaient une somme d’argent. A la nuit tombée, et une fois les festivités de la première journée achevées, une réunion se tenait aux QG de l’association pour faire le point de la situation. A vrai dire, le plus gros travail reste encore à faire. A côté de l’opération de la distribution des couffins qui devrait se faire jeudi, la waâda est prévue pour la journée du vendredi. A cet effet, pas moins de 20 cuisiniers ont été mobilisés pour la préparation du ‘’couscous pour tous’’, pour reprendre la formule employée par l’Association. Au niveau du réfectoire de l’établissement Bessaoudi Arezki, où toutes les denrées alimentaires, légumes, viandes et autres dons ont été acheminés, une équipe de près d’une trentaine de jeunes, supervisés par les membres de la commission, était à pied d’œuvre. A 22 heures, les 200 couffins étaient fins prêts à être distribués le lendemain. Jeudi matin, dès 8 heures du matin, toute l’organisation s’est donnée rendez-vous au niveau du local de l’association. Aussitôt, fut lancée l’opération de l’acheminement des couffins vers les domiciles des nécessiteux. Durant toute la journée, les chargés de la mission auront sillonné presque tous les quartiers du village, même les plus éloignés pour remettre les couffins aux familles dans le besoin. La mission, achevée tard dans la journée, a été très bien organisée. Elle ne manquera pas d’ailleurs, de susciter une immense joie chez toutes les personnes visitées. Entre temps, le reste des équipes ayant pris part à l’événement s’attelait à peaufiner les derniers préparatifs au niveau de la cuisine de l’établissement où près de 20 cuisiniers s’apprêtaient à préparer le couscous du lendemain. A signaler que toutes les mesures d’hygiène et sanitaire ont été prises pour assurer le bon déroulement de l’opération de la préparation du couscous. Les cuisiniers disposaient en tout de près de 800 kilos de viandes et de plusieurs quintaux de couscous et autres légumes pour préparer un déjeuner pour près de 8000 personnes. A 19 h, l’équipe de travail composée de cuisiniers et d’assistants se retranchera dans la cuisine et travaillera jusqu’au lendemain matin. Le vendredi, vers 10 h du matin, le couscous était fin prêt pour être servi. Pari réussi donc pour les cuisiniers. Cependant, une tâche des plus compliquées reste encore à accomplir. Il s’agit bien évidemment de la restauration. A 12 h, et avant le coup d’envoi par les organisateurs de l’opération du ‘’couscous pour tous’’, tous les membres de l’Association étaient à leurs postes respectifs afin de s’assurer que tout se passe bien. Au niveau du réfectoire, on s’y prépare pour accueillir les premiers invités.

Le déjeuner a commencé à midi et ne prendra fin que vers 18 heures. Parmi les milliers d’invités, tous étaient unanimes à saluer les organisateurs de l’événement pour l’excellente organisation et leur sens de responsabilité. Aux environs de 20 heures, le rideau tombera sur cette première édition initiée par la A. BJ. T. Cette clôture, sans aucun couac, n’a pas manqué d’exprimer un grand “ouf” de soulagement parmi et les organisateurs et les villageois. De l’avis de tous, l’événement a été une grande réussite grâce à la volonté l’abnégation, l’altruisme et le sens du don de soi… Cette waâda qui avait, et c’est le moins que l’on puisse dire, marqué les esprits, a été l’occasion de ressouder les liens sociaux de fraternité et d’entraide entre la population de Takerboust.

Djamel. M