La location suspendue

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Pourquoi cette méthode d’essence généreuse n’a pas marché ? A chaque acteur du monde scolaire son explication. Pour le pédagogue : “Le livre est pour les petits élèves un objet ludique, le prolongement du jouet qu’il a à la maison, c’est tout à fait normal qu’il le salisse, le rature et le déchire. Pour les adolescents c’est un déversoir de toutes les frustrations, voire une chose à forte valeur sentimentale que l’on préfère posséder pour toujours ! On s’en séparera pour la céder à des gens de confiance uniquement, des personnes que l’on apprécie. La location a instauré une mécanique où le livre devient un outil que l’on doit préserver de toute atteinte. Au lieu d’être l’utilisateur, le consommateur du manuel, l’élève devient son gardien, son conservateur. C’est une aberration qui doit cesser”. Pour les administrateurs, cette annulation est salvatrice. Il n’y aura plus de récupération, de tri, de classement et de conservation, d’autant que les fonctionnaires manquent et les locaux font souvent défaut. “Et puis les programmes changent tous les ans, ce qui rend obsolètes de nombreux manuels et inopérant le système de location”, conclut un directeur à qui l’attente de la réception des livres a gâché les vacances scolaires.La logique économique l’a finalement emporté sur l’aspiration pédagogique et le ministère, qui ne peut prendre en charge les milliards nécessaires à cette opération a finalement baissé les bras et décidé d’annuler l’opération.Toutes les dispositions relatives à la gestion du livre scolaire contenues dans la circulaire n° 242 datée 1er août 2005 distribuée aux établissements scolaires sont abrogées par une lettre datée du 28 août 2005 et qui stipule que “tous les manuels scolaires des années de la réforme feront l’objet de la vente uniquement et ne feront en aucun cas l’objet de location pour l’année scolaire 2005/2006”. Sachant que les livres des niveaux relevant de l’ancien système d’école fondamentale sont soumis réglementairement à la vente, il ne reste donc plus de livres concernés par la location. La facture sera salée pour les petites bourses. A titre d’exemple, la série des 6 manuels qui accompagnent le nouveau programme de 3ème année primaire coûtera près de 1 200 DA, série de 10 manuels de la 3ème année moyenne vaudra 2000 DA voire plus parce qu’une augmentation des prix sera annoncée incessamment.A noter que les livres usagés récupérés en fin d’année scolaire seront proposés à la vente suivant un barème établi en fonction de l’usure. Le manuel sera en principe vendu aux deux tiers du prix initial.“Il n’y a pas que le manuel scolaire qui coûte cher. La rentrée scolaire ruine les bourses moyennes. Tous les prix s’alignent progressivement sur le marché international, mais nos revenus ne suivent pas. Nous lançons un SOS aux décideurs, on ne peut plus tenir”, affirme un adjoint d’éducation obligé de travailler dans un KMS pour boucler les fins de mois.

R. O.

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