Les prix du pétrole n’ont apparemment pas fini d’en découdre avec Katrina. Après une légère baisse, il y a quelques jours, les revoilà sur le chemin de la hausse. Vendredi matin, les cours poursuivaient leur rebond en raison de craintes que la reprise de la production dans le golfe du Mexique prenne plus longtemps que prévu, ce qui pèserait davantage sur les stocks des Etats-Unis. A New York, le baril de « light sweet crude » pour livraison en octobre progressait de 40 cents à 64,89 dollars lors des échanges électroniques. A Londres, le baril du Brent de la mer du Nord prenait 70 cents à 63,78 USD. « Le rebond des cours a commencé (jeudi) après les chiffres du gouvernement montrant que la reprise de la production pétrolière dans le golfe du Mexique s’était arrêtée », selon un analyste à la maison de courtage Sucden, cité par l’AFP. « Certaines des installations les plus sévèrement endommagées pourraient mettre longtemps avant de reprendre leurs opérations », a-t-il ajouté. Dans son dernier rapport publié jeudi, le Minerals Management Service (MMS), qui dépend du ministère de l’Intérieur américain, a fait état d’une baisse de la production de brut dans le golfe du Mexique. Le MMS a estimé que la production de brut dans le golfe était de 60% inférieure à son niveau normal jeudi, dix jours après le passage de l’ouragan Katrina, contre un niveau de 57% inférieur à la normale signalé mercredi. Peu avant, le secrétaire américain à l’Energie, Samuel Bodman, avait déclaré que les quatre raffineries encore arrêtées dans la région, d’une capacité totale de traitement de 877. 000 barils par jour de brut, ne reprendraient pas leur production avant « quelques mois ». Le marché était également soutenu par un rapport du groupe Royal Dutch Shell publié vendredi. Le groupe anglo-néerlandais a indiqué que la production pétrolière avait redémarré sur toutes ses installations touchées par Katrina dans le golfe du Mexique, mais qu’elle restait de 160. 000 barils par jour équivalent pétrole, contre 450. 000 barils par jour en temps normal. « La période de convalescence pourrait être longue », avertit une analyste citée par l’AFP. Les investisseurs craignent que ces interruptions dans le golfe du Mexique n’obligent à recourir encore plus aux stocks américains, qui ont déjà chuté la semaine dernière en raison de Katrina. Le marché digérait par ailleurs le rapport mensuel de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui a indiqué vendredi que le recours aux stocks stratégiques de ses membres pour aider les Etats-Unis allait « accroître la liquidité du marché ». L’AIE a également revu en baisse pour le troisième mois consécutif sa prévision de croissance de la demande de pétrole en 2005. Par ailleurs, l’optimisme affiché jeudi par le gouvernement américain sur le rétablissement des installations pétrolières après le passage de Katrina laisse sceptique les analystes, qui estiment que la production énergétique demeure encore nettement en deça de la normale. 4 à 5% de production raffinée en moins est « un chiffre énorme », juge John Kilduff, analyste de Fimat. A l’heure actuelle, « on ne peut pas se permettre d’avoir une baisse de production », insiste-t-il, en ajoutant que cela devrait alimenter encore l’envolée des prix des produits pétroliers. Les raffineries encore arrêtées après le cyclone dévastateur qui a frappé les côtes du golfe du Mexique représentent seulement 4 à 5% de la production totale des Etats-Unis, a indiqué jeudi le secrétaire américain à l’Energie, Samuel Bodman. De leur côté, les oléoducs transportant des produits raffinés « fonctionnent maintenant à 100 % », avait-t-il ajouté. « C’est un problème pour le marché qui comptait sur une reprise de la production et des importations », estime John Kilduff, soulignant que ces nouvelles « ont remis les cours sur une tendance haussière ». Si les analystes s’accordent à dire qu’une pénurie de pétrole brut est plus qu’improbable — notamment grâce aux importations et à la remise en service jeudi dernier du principal port pétrolier offshore de Louisiane (sud) — la fermeture de plusieurs grosses raffineries pour un temps indéterminé inquiète.
AFP et Elias Ben
