Frikat, la commune qui a enfanté l’une des figures emblématiques de la révolution, en la personne du colonel Amar Ouamrane, et qui a sacrifié plus de trois cent cinquante martyrs, est souvent secouée par des protestations, cinquante ans après l’indépendance. Elle enregistre un grand retard en matière de développement et de désenclavement.
Cette municipalité issue du découpage administratif de 1985, compte plus de quatorze mille habitants répartis sur vingt villages et sur une superficie de quarante six kilomètres carrés dont 80% sont en zone rurale. Elle est délimitée au sud-ouest par la wilaya de Bouira, au nord par Aïn Zaouia et Bounouh et à l’ouest par Draâ El Mizan. C’est une région à dominance rurale avec une plaine répartie en EAC issus de l’ex domaine agricole. Le tourisme est un secteur qui pourrait y être développé si des solutions sont apportées en vue de faire jonction avec Bouira en faisant en sorte à ce que les deux routes donnent sur Ath Laâziz d’un côté et sur la RN 05 de l’autre.
Après la contestation enclenchée dernièrement par les habitants d’Imazgharène, qui ont fermé les sièges de l’APC et de la daïra de Draâ El Mizan, nous nous sommes rendus sur les lieux et avons rencontré le maire qui nous a fait un zoom sur la situation qui y prévaut.
« Les revendications des citoyens d’Imazgharène sont légitimes, mais je suis contre la façon avec laquelle ils les revendiquent. Ce n’est pas en fermant une mairie ou une daïra qu’on acquière ses droits. Il faut être plus civilisé car il ne faut pas perdre de vue qu’en fermant une structure tel que l’APC, on ne fait que pénaliser davantage les citoyens », nous a dit, en premier lieu, le premier magistrat de la commune.
La population de ce grand village a demandé aux autorités la prise en charge de leurs revendications, à savoir la réalisation d’une salle de soins, d’un CEM, d’abribus, d’une cantine scolaire pour leur village, du revêtement des pistes en bitume, ainsi que le branchement du gaz naturel, l’aide à l’habitat rural, le remplacement des fils électriques par ceux ayant de l’isolant et le raccordement des foyers qui ne sont pas encore pourvus d’électricité… A ce sujet, le maire nous a répondu que depuis le début de son mandat en 2006, ce village a eu sa part. Il nous citera, entre autres réalisations, un revêtement des routes, un foyer pour jeunes, l’étude pour l’alimentation en gaz naturel, la réalisation de trois forages, la réalisation de conduites AEP à Itaftaffen et 138 aides à l’habitat rural sur les 367 postulants. » La commune a obtenu 693 aides pour 2700 postulants »a-t-il encore souligné. « Pourra-t-on dire que ce village est exclu du développement? », s’est-il interrogé. Et de poursuivre: » en tout cas, nous demandons aux pouvoirs publics de mettre, entre les mains des élus, tous les moyens nécessaires pour mettre un terme à toutes ces contestations ». En parcourant le chef-lieu de la commune, on ne peut éviter de voir tous ces jeunes adossés aux mûrs. Il n’y a rien. Les jeunes affluent au siège de l’APC, principalement au service social, à la quête d’un emploi dans le cadre du filet social, dont le salaire est de trois mille dinars. Si au début des année 2000, des unités privées de transformation de plastique absorbaient un tant soit peu un taux important de chômeurs, ce n’est pas le cas aujourd’hui, car celles-ci sont en difficultés en raison de la concurrence déloyale et du marché informel. Quant au programme des 100 locaux par commune, vingt-huit d’entre eux ont été attribués. Il est attendu que des contrats soient signés par les bénéficiaires incessamment. Les autorités appellent les services de la DLEP à accélérer les procédures pour lancer les soixante douze restants. Alors que dans les villages éloignés du chef-lieu, les jeunes ne pensent qu’à fuir et échapper à l’oisiveté et s’abriter sous des cieux plus cléments.
Bien que la commune soit concernée par l’alimentation à partir du barrage du Koudiat Acerdoune, l’eau manque même en hiver. Cela est dû,; selon toutes les personnes que nous avons approchées, à la vétusté du réseau. Car, ce dernier, qui devait servir de conduite principale, est tout rouillé. Les responsables y ont fait des réparations, mais le manque persiste. Heureusement, des projets pour renforcer cette alimentation dans toute la commune sont retenus par la direction de l’hydraulique de la wilaya. Et les élus locaux espèrent que la situation va s’améliorer avant l’arrivée des grandes chaleurs. Dans un autre registre, la municipalité de Frikat est l’une des premières communes de la wilaya où cette formule a donné des résultats probants, car tous les projets accordés ont été achevés. Néanmoins, selon le maire, la commune n’ayant pas bénéficié de projets dans le LSL ni dans le LSP, les citoyens notamment ceux des localités rurales ne demandent que cette aide. Actuellement, nous a-t-il informé deux mille sept cent demandes attendent d’être satisfaites, et quatre cent cinquante ont déjà réalisé leurs plates formes et n’attendent que le déblocage de l’aide par la CNL. Le secteur de l’éducation n’est pas, lui aussi sorti de l’auberge. Les lycéens de Frikat se déplacent jusqu’à Draâ El Mizan pour suivre leurs études. Ils sont plus de six cent, dont la commune assure le transport quotidiennement, par mini bus ou par camions. Un lycéen d’Ath Ali, à titre d’exemple, fait jusqu’à quarante kilomètres en aller et retour, c’est le parcours du combattant. Le maire nous a appris qu’une demande a été déposée en vue d’obtenir le projet d’un lycée afin d’éviter tous ces déplacements et donner aux élèves une meilleure instruction et de meilleures chances de réussite. A Frikat, on rêve toujours, en outre du gaz de ville. Certains villages de la commune souffrent énormément du froid en hiver, quand on sait qu’ils ne se trouvent qu’à quelques jets de pierres du Djurdjura. Les citoyens se chauffent toujours au bois. Soixante quatre kilomètres de réseau en gaz naturel ont été réalisés depuis 2006 dans la commune, des dizaines de foyers sont alimentés dans le chef-lieu et à la périphérie, mais il reste encore des centaines d’autres qui attendent cette énergie. A ce sujet, le maire nous a confié qu’une étude technique a été réalisée et déposée au niveau de la DMI. « J’espère que les quatre vingt dix kilomètres restants soient réalisés dans ce plan quinquennal et que notre commune soit la première à être alimentée entièrement », tel est le souhait du maire.
La municipalité ne dispose que d’une aire de jeu et rien d’autre. D’ailleurs, c’est la seule commune qui n’arrive même pas à lancer un club de football. « Nous n’avons bénéficié ni d’un stade ni d’une salle omnisports ni d’une maison de jeunes digne de ce nom. Nos jeunes n’ont rien pour se cultiver ni pour pratiquer le sport », a répondu à ce propos M. Amar Arib, le P/APC de Frikat. Et de lancer un appel aux responsables du secteur de la jeunesse et des sports afin de ne pas oublier cette région. Et de préciser que les quatre foyers pour jeunes ont été réalisés dans le cadre des PCD, de même que la bibliothèque communale. Avant de quitter le siège de l’APC, le maire a voulu tout de même s’exprimer au sujet des revendications et de la manière de les soulever. « Nous sommes à l’écoute de nos concitoyens et nous sommes disposés à régler leurs problèmes, mais j’insiste sur le fait que les élus doivent avoir les moyens à même de satisfaire ces demandes quotidiennes. Ainsi, certains mouvements de contestation pourront être évités. Je ne vois pas l’utilité de fermer le siège d’une APC ou d’une daïra, de bloquer une route et de pénaliser d’autres citoyens, juste pour demander le remplacement d’un poteau électrique, alors qu’il faut oeuvrer ensemble pour développer la région et le pays », a conclu sereinement le maire de Frikat.
Amar Ouramdane

