Seddouk : Les femmes chez Cheikh Aheddad

Les femmes qui ont fait le pèlerinage le 08 mars, à Amdoune n’Seddouk étaient belles comme les roses de printemps qui ornent en ce mois, le flanc de la montagne d’Achtoug tournée vers le Djurdjura et dont les cimes sont encore tachées de neige.

S’ajoutant à l’herbe qui pousse, l’ensemble forme un panorama splendide agréable à voir.

A ce décor fabuleux,s’ajoutent les lavandes entourant le mausolée sur lesquelles bitument les abeilles et d’où se dégagent des senteurs odorantes chatouillant les narines en se mêlant aux parfums féminins. Pour bien dire les choses, il est évident qu’une centaine de femmes n’a pas trouvé meilleure balade sous un soleil printanier et pour marquer une journée de fête qui est exclusivement la leur que d’aller visiter le mausolée de Cheikh Aheddad à Seddouk Oufella. Un joyeux édifice en goguette qui se languissait ce jour là au soleil printanier. Jeunes et vieilles, seules, en couple ou en famille, elles ont afflué de partout comme des essaimes durant toute l’après midi du 08 mars, Journée internationale de la femme. Les organisateurs se montrèrent même débordés devant un tel rush auquel ils ne s’attendaient pas. Accueillies quand même avec de modestes cadeaux mais très significatifs.

Une rose et un portrait de cheikh Aheddad pour chacune d’elle. Au menu aussi, biscuits et jus comme dégustations. Ce qui est magnifique. Venues pour se recueillir sur les tombes des trois valeureux leaders de l’insurrection d’avril 1871, et solliciter par la même la bénédiction de cheikh Aheddad, les femmes toutes joyeuses d’avoir sauvegardé un rituel, ont fait rappeler le bon vieux temps en improvisant un Ourar, l’une des valeurs séculaires qui a tendance à être oubliée dans nos villages.

Supplanté il faut le dire aussi par les disc-jockeys, une culture importée on ne sait d’où ? Des youyous stridents retentissaient à chaque arrivée d’un groupe. « Je suis toujours attachée aux coutumes ancestrales mais j’avoue me sentir libre maintenant », dira une femme d’un certain âge. Force aussi est d’avoir constaté la présence en force de l’UNFA, une ancienne organisation féminine toujours active. Il faut dire aussi que les APC y étaient pour quelque chose dans la réussite de ces excursions en mettant à la disposition des femmes des minibus communaux pour le transport. Autant dire que tous les ingrédients étaient réunis pour sortir de l’ordinaire une fête qui se tenait dans les salons d’habitude.

La mobilisation de la femme sedoukoise est un exemple vivant d’une parfaite symbiose entre l’association Cheik El Haddad et le comité des fêtes communal de Seddouk, proposant des festivités diverses et des espaces différents pour que les femmes s’épanouissent ce jour-là. Deux galas ont été organisés à l’occasion, animés respectivement par la chanteuse Cirta et la chanteuse Wissam.

Le centre culturel Berkani Madjid n’a pas pu contenir le nombreux public féminin gratifié par de nombreux bouquets de chants à la hauteur de la place qu’occupe la femme dans les esprits kabyles. Les artistes se sont succédés tour à tour sur la scène, pour interpréter les plus belles chansons de leurs répertoires inspirés du patrimoine national riche et varié. Alternativement ; les musiques modernes et classiques kabyles s’entremêlaient, offrant au public un véritable cocktail musical. Un tournant important dans la vie de la femme à Seddouk témoigne le président de l’Association cheikh El Haddad qui, selon lui, “c’est du jamais vu à Seddouk. L’inffluence des femmes à célébrer leur journée est intense, parce que la dernière journée célébrée à Seddouk remonte à l’année 1995 et la réussite de cette journée est mise sur le compte du hazard”conclu-t-il. Le plus frappant est que le mausolée de Cheikh El Haddad est impliqué dans cette festivité. Un lieu saint qui n’est pas des moindres et qui répond favorablement au calendrier tracé par les les organisateurs. “Nous nous réjouissons que la journée de la femme puisse s’organiser dans un lieu saint qui ne représentait que des institutions discriminantes quand il s’agit de la femme,” disait M. Batache un des organisateurs activant au mausolée.

L B/ T B