Taghzout Hommage à la bataille d’Ighil Oumarou – Lorsque le religieux l’emporte sur l’historique !

Quarante neuf ans après l’indépendance, le ministère des Moudjahidine s’est enfin réveillé de son hibernation pour rendre hommage à la bataille d’Ighil Oumarou, au village de Taghzout.

Survenue au début du mois de févier 1958, elle fut l’une des batailles les plus marquantes de l’histoire de la région. Les débris d’un avion, abattu par un certain Khittous Aïssa, ainsi que d’autres projectiles témoignent encore de cette atrocité mais surtout de la bravoure de ces hommes. 22 hommes, dont ce même Aïssa Khittous, sont tombés en héros dans cette bataille. L’armée française s’y est infligée une cuisante défaite.

En effet, le ministère des Moudjahidine, pour rendre hommage à ces hommes, a confié un projet de construction d’une stèle à un entrepreneur. Les travaux sont en cours. Erigée en trois piliers équidistants, en béton, et d’une hauteur allant jusqu’à trois mètres, plus un quatrième pilier, arrondi en forme d’un H en arabe, formant ainsi le mot ALLAH! « C’est un énorme Allah qu’on peut voir de loin. Cette façon de rendre hommage à un fait d’arme historique laisse entendre que la guerre de libération était menée sous la bannière de l’Islam », martèle D. Yahia, enseignant en retraite.

Les statues équestres et autres stèles érigées traditionnellement, portent, en inscription et sculptures, des dates et des noms de femmes et d’hommes qui se sont sacrifiés dans ce combat héroïque. Cependant, construire un « géant Allah » en béton et l’abandonner dans la nature, relève plutôt de l’absurdité. Car, disent les habitants du village, une simple stèle, portant le récapitulatif de cette bataille, sculpté sur une plaque en marbre, aurait suffit. A plus forte raison, «on ne peut pas s’approprier ce combat qui appartient à tous les algériens pour lui donner, après 49 ans, un habillage quelconque», ajoute un autre habitant.

Bien entendu, les signes religieux sont réservés aux lieudits saints. Toutefois, ériger une stèle en forme de signe religieux, aussi significatif serait-il, sciemment décidé pour donner une connotation religieuse à un fait historique ? Se demandent légitiment ces habitants. En effet, un combat aussi sacré soit-il, exige le respect absolu qu’on lui doit. Lui conférer ce caractère sacré ne signifie pas divin. Pendant la lutte d’indépendance, l’Islam, comme bien d’autres éléments de la culture algérienne, constituait pour la population une manière de s’identifier face à l’occupant. Les dirigeants du FLN, à l’époque, bon populistes, ont utilisé la rhétorique islamique et l’influence des imams auprès des masses, pour appuyer le combat de libération.

Ces algériens sont des êtres vivants, des groupes historiques qui agissaient, en dépit de leurs croyances particulières et de leur diversité comme tous les autres groupes, en fonction d’intérêts et d’aspirations qui se renouvellent. Ils subissent les mêmes lois qui poussaient les sociétés à se mouvoir, à changer,…à se libérer du joug colonial. Leur combat s’inscrivait dans cette évolution permanente du cours de l’histoire. Cette même histoire témoignera que ce combat fut celui des idées libératrices d’un peuple opprimé par l’impérialisme. Le texte ne peut, en aucun cas, éclairer l’événement historique et encore moins sa logique. Ramené ainsi, l’historique au plan religieux ne peut être assimilé que comme dérivé à la morale !

L. M.