Karim Tabou (Premier secrétaire du FFS) à Béjaïa… – "L’autonomie de la Kabylie, oui mais…"

Au menu, des thèmes aussi délicats que l’autonomie de la Kabylie, la Constituante et la place de la langue française en Algérie. A l’aise aussi bien en Kabyle, en français qu’en arabe, le N°2 du FFS semble opter pour un jeu franc et sans tabous

Un Karim Tabou apaisé et conciliant en rupture avec l’image du tribun enfiévré. Mercredi 20 avril, juste après la fin d’un meeting populaire sur l’esplanade de la Maison de la culture Taos Amrouche ( Voir La Dépêche de Kabylie du 21 avril), il s’y consent à une conférence de presse réclamée par certains journalistes basés à Béjaïa. Mais cela se transformera pratiquement en une discussion à bâtons rompus, à la petite salle de la Maison de la culture, avec, outre quelques journalistes, aussi bien des représentants de la société civile que des militants et sympathisants du FFS. Au menu, des thèmes aussi délicats que l’autonomie de la Kabylie, la Constituante et la place de la langue française en Algérie.

A l’aise aussi bien en Kabyle, en français qu’en arabe, le N°2 du FFS semble opter pour un jeu franc et sans tabous. Sur la question de l’autonomie de la Kabylie, Karim Tabou rappelle que l’Algérie était divisée en zones territoriales assez vastes et dotée d’une certaine liberté d’initiative durant la guerre de libération, et tique quelque peu lorsque votre serviteur complète qu’  » Alger était une zone autonome « , une donnée historique sur laquelle il semble avoir assez mal réfléchi.

Karim Tabou poursuit que la communauté Mozabite  » vit déjà dans une forme d’autonomie  » et, qu’à l’inverse, les Touaregs organisent leur vie autour de la  » transnationalité « .  » Il m’est douloureusement arrivé d’être interpellé par des questions du genre  » est-ce que vous êtes Kabyle monsieur Tabou ?  » lors de mes meetings à l’intérieur du pays « , confesse-t-il dans une déclaration en remarquable rupture avec l’emphase jacobino-nationale du FFS.

Hamid Ferhat, le P/APW de Béjaïa, boit les paroles du chef qui semble pourtant le désavouer, lui qui, un moment auparavant, avait salué le passage d’un cortège du MAK par un très provoquant  » N’écoutez pas les séparatistes !  » lancé depuis les mégaphones du perron de la Maison de la culture.  » Nous sommes ouvert aux discussions sur l’organisation politico- administrative du pays, depuis les autonomies régionales au fédéralisme, nous n’en faisons pas un tabou « , résume Karim Tabou. Il explique que le FFS, qui avait adopté le principe d’une  » régionalisation positive  » dans son programme de 1978, est précisément contre l’  » inversion des séquences ». L’instauration d’une véritable démocratie est, explique-t-il, le préalable à toutes les éventuelles options d’organisation administrative.  » Comment voulez-vous demander à un pouvoir autocratique et violent de vous concéder une souveraineté démocratique sur une portion quelconque du territoire ? « , interroge-t-il. Auparavant, Karim Tabou avait déjà repêché Hamid Ferhat en laissant entendre que le FFS analyse le MAK comme un  » mouvement séparatiste plutôt qu’autonomiste « .

Autre monstre sacré du FFS, la Constituante. Là aussi, le lieutenant d’Ait Ahmed mettra … un peu de vin dans son eau. En réponse à une question de La Dépêche de Kabylie sur le potentiel risque théocratique que charrie cette proposition, Karim Tabou en donne quelque peu acte, mais considère qu’il s’agit- là d’un risque assez gérable. C’est le pouvoir en place qui instrumentalise l’islamisme comme un épouvantail, lors des élections de décembre 1991 celui-ci avait fait en sorte que le FIS rafle l’écrasante majorité des sièges parlementaires en emportant seulement 25 % des suffrages exprimés.  » Regardez ce qui se passe aujourd’hui à la place du 1er Mai, on a encore mis à contribution l’un et l’autre, celui qui disait à l’autre monstre qu’il ne le laissera jamais arriver au pouvoir ! « , dans une allusion aux manifestations de la CNCD auxquelles ont pris part  » solidairement  » Said Sadi et Ali Benhadj. Sa conviction intime et que la violence vécue par le pays disqualifie psychologiquement et moralement les éventuels porteurs du projet théocratique. Mais, la discussion est, sur ce point précis, assez difficile à épuiser et à synthétiser, le N°2 du FFS donnant parfois l’impression de réfléchir à haute voix. Concernant la place de la langue française, une inattendue question d’un universitaire, Karim Tabou estime que celle-ci, comme tout autre langue, dépendra de ce qu’en feront ses locuteurs.

Mohamed Bessa