Boualem Messouci est né en 1951 à Aït Weghlis, ancien enseignant de mathématiques, il est également parolier, traducteur et poète. Récemment, il a publié en France, Tineqqisin n Jean de La Fontaine, qui est une éclatante traduction du célèbre conteur. Dans ce recueil de 40 fables, très bien illustré par Jean Claude Bauer, le poète a soigneusement travaillé le style en insistant sur les aspects poétiques et expressifs des fables. Pour en savoir plus, sur sa passion et son univers de traducteur, Boualem Messouci a répondu à nos questions à cœur ouvert.
La Dépêche de Kabylie : D’où vous est venue l’idée de traduire les fables de Jean de La Fontaine ?
Boualem Messouci : Au moment où j’avais opté pour la traduction, je voulais me passer de la chape de plomb qui pesait sur la société. Pour m’exprimer et laisser un message pour la jeune génération, la traduction s’était imposée et se voulait didactique, pédagogique où chaque individu a sa part, notamment pour enrichir les outils de l’enseignant de Tamazight.
Votre ouvrage est publié en France. Pourquoi pas en Algérie ?
Mon premier éditeur, Sefraber en l’occurrence, se trouve en France, l’ouvrage est bilingue, chichement illustré et il est bien accueilli par les lecteurs. Cependant, une prochaine publication en Algérie, courant 2011, est déjà au programme.
A la lecture de votre traduction qui est, à vrai dire, une adaptation, on sent qu’il n’y a aucune frontière entre les cultures du monde. Est-ce votre sentiment ?
Vous n’êtes pas le premier à me le dire. J’ai beaucoup lu et relu Les fables en français, en les appropriant, j’ai trouvé qu’en fait, le texte s’adapte aisément à la mode kabyle, ce qui confirme les croisements des cultures et l’universalité de l’esprit humain.
Y a-t-il un véritable lectorat en langue amazighe ?
Le problème du lectorat est mondial. Pour la langue amazighe, il faut mettre, d’abord, des ouvrages sur les étals des librairies. Actuellement, le lectorat amazigh est en phase de formation et, pour réussir, il faut encore attendre quelques années.
Les gens d’aujourd’hui sont aussi accros à la télé Internet, MP3… Le conte a-t-il encore un avenir dans notre société ?
Oui, je dois avouer que le conte, dans sa version traditionnelle, n’est plus, depuis la disparition du « Kanoun » (coin du feu). Cependant, je suis pertinemment convaincu que le conte saura s’adapter à la technologie moderne en passant via la BD, les recueils de contes et les dessins animés, entre autres…
Selon vous, quelle fable peut nous instruire sur la situation actuelle de l’Algérie ?
Ah ! L’Algérie va mal. Tout contact est désormais rompu entre le peuple et ses gouvernants. Ceci dit, pour illustrer cette situation, je vous renvoie à la fable intitulée « Le conseil tenu par les rats » qui stipule : Ne faut-il que délibérer
La cour en conseillers foisonne
Est-il besoin d’exécuter
L’on ne rencontre plus personne
Tamazight a-t-elle besoin de traduction ?
La traduction est un besoin urgent qui permettra de combler le retard de notre littérature et notre langue manque d’ouvrages pour se hisser au niveau des langues universelles. Une politique de traduction, bien réfléchie, devrait être mise en place entre le Ministère de la Culture et celui de l’Education nationale, en commençant, d’abord, par la traduction des auteurs algériens, arabophones et francophones.
Votre dernier mot…
J’insiste énormément sur la nécessité de la traduction des classiques universels, destinés à l’usage scolaire. Pour ma part, j’ai déjà traduit Molière, Plaute, Brassens, Ibn Muqafâa… que j’espère publier dès que l’occasion se présente.
Entretien réalisé par Mohamed Mouloudj

