Le secteur sanitaire moribond

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Le secteur de la santé dans la daïra de Maâtkas est dans une situation telle qu’il n’assure pas une couverture adéquate pour la population.

Les soixante mille habitants de cette daïra sont scandalisés et frustrés par le manque flagrant de cette couverture sanitaire publique. La polyclinique, sise à Souk El Tenine, le centre de santé du chef-lieu de daïra et les quelques unités de soins répartis sur l’ensemble de la localité ne répondent plus aux besoins des patients et n’assurent, dans la plus part des cas, que des petits soins paramédicaux, à savoir les injections et les pansements. Inutile de préciser que la population locale est extrêmement malmenée. Pour se soigner les Maâtkis doivent se rabattre sur le privé dont les prestations s’avèrent excessivement chères. Avec la misère et les multiples poches de pauvreté existantes dans de nombreux villages de la circonscription, un hôpital, en bonne et due forme, est vivement souhaité. Ce manque renseigne on ne peut mieux sur les difficultés auxquelles font face les citoyens pour se soigner. Consulter chez un privé ou prendre le taxi pour se rendre au CHU de Tizi-Ouzou reviennent excessivement cher. Les pauvres citoyens ne peuvent plus faire face à ces dépenses supplémentaires. Le chômage et le coût de la vie, toujours plus cher, poussent les malades et les souffrants à se passer de soins. Un sexagénaire, que nous avons rencontré à la polyclinique (la seule) de la daïra de Maâtkas, dira d’un air pesant et triste : « Cette polyclinique ne nous est d’aucun secours. Le laboratoire d’analyses est à l’arrêt, le service radiologie ne fonctionne qu’en diurne et pour les médicaments il faut se rendre chez le pharmacien du coin et y laisser toutes ses ressources. Avec tout cela ils osent encore parler de la gratuité et de la proximité des soins. Qu’ils se taisent au moins ! ». En vue d’en savoir davantage, nous avons décidé de mener notre petite enquête. Bien entendu, les responsables ne collaborent pas. Les quelques renseignements que nous avons pu récolter, ça et là nous viennent des malades et de certains praticiens sous couvert d’anonymat.

Un laboratoire fermé depuis 15 jours à Souk El Tenine

En plus de l’état dégradé de cette unique infrastructure sanitaire, que certains ont le courage d’appeler encore polyclinique, il convient de signaler, aussi, qu’elle ne dispose pas de matériel et de moyens nécessaires à son bon fonctionnement. Les plafonds, la robinetterie et les installations électriques ne cachent pas leurs entrailles. Les moisissures, les fils électriques et les lavabos sont délabrés et obstrués et s’exhibent devant les patients qui se sentent déconsidérés et méprisés avec ce désolant décor. Le laboratoire des analyses ne fonctionne plus. Le fameux spectrophotomètre est en panne ! Une panne qui dure depuis plus de deux semaines. Le laboratoire de radiologie n’est fonctionnel que pendant la journée, manque de personnel oblige. Le recrutement n’est pas à l’ordre du jour. La politique de rigueur et d’austérité a toujours existé chez nous. Le cabinet dentaire ne jouit pas de matériel adéquat. Le dentiste de la polyclinique se contentera de vous dire, quoique gentiment et avec gène : « Il faut voire avec un dentiste privé. Je n’ai malheureusement pas de matériel pour ce genre d’extraction ». Heureusement qu’un dentiste privé se trouve juste à proximité mais il faut des sous, beaucoup de sous. Les évacuations vers d’autres hôpitaux ne se font que rarement par la polyclinique, son parc roulant se limitant à seulement deux véhicules. Le premier se charge des évacuations et le second est utilisé comme moyen de ravitaillement en denrées alimentaires et autres besoins pour la polyclinique. Concernant la maternité nous n’avons jamais réussi à la visiter. Pour la morgue, nous avons appris, auprès des responsables et malgré eux, que les patients qui rendent l’âme dans cette polyclinique, se retrouvent dans un débarras poussiéreux, faute de disponibilité de morgue ou de chambre mortuaire. En d’autres termes, la polyclinique de Souk El Tenine doit vite « entrer au bloc des urgences ».

Le centre de santé de Maâtkas sans moyens

Cette commune de plus de 35 000 âmes ne dispose, malheureusement, que d’un centre de santé et de quelques unités de soins dépourvues en moyens humains et matériel. Les autorités envisagent des travaux d’extension pour faire de ce centre de santé une polyclinique, mais cela reste encore au stade de promesse. Hormis les consultations gratuites, assurées par les médecins, et les petits soins paramédicaux où même les seringues et l’alcool doivent être achetées par les patients eux-mêmes, les autres actions sanitaires ne peuvent être effectuées. Pas de laboratoire d’analyse, pas de radiologie et pas de maternité. Les quelques rares salles de soins, se trouvant dans quelques villages que l’on peut compter sur les doigts d’une seule main, fonctionnent généralement avec un simple adjoint technique de la santé. Les Maâtkis, comme les Souk El Teninois, sont livrés à eux-mêmes et ne savent plus à quel saint se vouer. Belaïd, un habitant du chef-lieu de Souk El Khemis, ragera : « Notre localité est un véritable no man’s land. Aucun secteur ne se porte bien. Au lieu de bouger et de faire quelque chose, pour nous sortir de ce sous développement, nos chers responsables préfèrent se morfondre dans leurs bureaux. Pourtant des promesses, visant à redorer le blason de toute la daïra, ont été faites à la population. Un leurre destiné à récolter des voix. Se soucient-ils, aujourd’hui, de nos préoccupations et des carences qui gangrènent notre quotidien !? ». Cette daïra, qui a donné ses meilleurs enfants pendant les années de feu et de braise, n’a pas encore tiré les bienfaits de l’indépendance du pays. Les soixante mille habitants de cette région méritent de bénéficier de la gratuité et de la proximité des soins, tel que prôné par l’état. Chose que seule la réalisation d’un vrai hôpital dans la localité peut garantir. Pour se faire, les responsables locaux doivent sortir de leur hibernation prolongée et se mettre au travail, au lieu de s’occuper de choses futiles, comme qui remportera les futures échéances électorales… etc. Un état des lieux que les citoyens sauront, à coup sur, sanctionner le jour J.

Hocine Taib

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