Si les harkis ont choisi, durant la Guerre de libération nationale, de servir la France contre leurs propres frères, les fils de harki, bien souvent, ne doivent leur titre de harki qu’au passé de leurs parents. Comme si le « harkisme » était un héritage. Le président de la République a eu le mérite de dénoncer cet abus terminologique qui a alimenté dans le passé, et continue d’alimenter, aujourd’hui encore, les haines et les rancunes. Il est peut-être temps de repenser le problème et surtout de mettre fin à des injustices, en rétablissant des gens dans leur droit. Et la plus grande des injustices a été de faire assumer à des enfants les engagements de leurs parents, donc de les rendre responsables de leurs crimes et de leurs exactions. Et, faut-il le rappeler, un grand nombre de ces enfants étaient à l’indépendance des mineurs, d’autres sont nés après… Rejetés par leur pays d’origine, honnis, ils ont grandi dans la haine de ce pays qui les a reniés. Mais un pays que beaucoup d’entre eux ne se sont jamais résolus à renier. La preuve, c’est que dans le milieu français, ces jeunes peinent à trouver leur place, déchirés entre leur culture d’origine et leur culture d’emprunt. Et beaucoup n’attendent qu’un geste pour revenir dans le giron de la patrie. Une patrie que leurs parents ont perdue mais qu’eux veulent retrouver. Ce ne serait pas trahir la mémoire des chouhada que de les laisser revenir, retrouver la terre de leurs ancêtres, que leurs pères ont trahis, mais qu’eux peuvent servir. Ce serait, pour les harkis, une autre défaite. Peut-être plus douloureuse que celle qu’ils ont subie en 1962, quand ils ont été forcés de quitter le pays.
S. Aït Larba
