Un groupe de 21 pieds-noirs, ainsi appelés puisqu’ils sont nés ici et partis en France à l’indépendance de l’Algérie, ont effectué dans l’après-midi du mardi dernier, une visite d’amitié au centre d’inadaptés mentaux situé à Sidi Ali Labhar, sur la route de l’aéroport dans la commune de Bgayet. Beaucoup parmi les membres du groupe comprenant une dizaine de personnes, reviennent pour la première fois dans leur ville natale, qu’ils ont quittée en 1962. A l’arrivée des visiteurs cordialement accueilli par M. Naceri Rabah, président de l’AAIMB (association d’aide aux inadaptés mentaux de Bgayet), association en charge du centre et dès que les présentations ont été faites, M. Vindigni, qui dirige le groupe, a déclaré les yeux embués de larmes et la voix nouée par l’émotion, qu’il ne pouvait pas repartir en France sans avoir un geste, ne serait-ce que symbolique, à l’endroit des enfants handicapés mentaux de sa ville natale et qu’il avait de ce fait, avant de venir déposer une somme d’argent au compte de l’AAIMB. Quant au montant dont le compte de l’association a été crédité, son donateur a souhaité qu’il ne soit pas rendu public. Encadré par des membres du bureau de l’AAIMB, le groupe s’est sans plus tarder, dirigé vers les différents ateliers pour voir travailler les élèves sous la surveillance des éducateurs spécialisés. Les élèves sont répartis en cinq groupes spécialisés en menuiserie, couture, peinture, agriculture et horticulture. En couture et en peinture, les visiteurs ont constaté avec satisfaction que les « inadaptés mentaux » ont réalisé, et le mot n’est pas trop fort, de véritables merveilles à partir d’objets récupérés tels les coques d’œufs, les morceaux de feuilles de contre plaqué et d’autres matériaux ramassés ça et là. Les visiteurs ont également notés que malgré le manque criard de moyens pédagogiques et, hormis les salaires du personnel, l’absence totale de subventions de l’Etat, le centre qui ne fonctionne que grâce aux dons des bienfaiteurs, est bien tenu et les enfants sont heureux de le fréquenter. Les visiteurs qui sont des natifs de Bgayet et qui font partie d’une association dénommée « Ceux de Bougie » est basée essentiellement dans la ville de Sete, ont promis une fois de retour en France, d’étudier toutes les possibilités d’obtenir, à partir de centres similaires et d’association caritatives, des équipements pédagogiques pour le centre de Bgayet. L’association « Ceux de Bougie » compte de nombreux membres et tous, souligne M. Salles, qui est chargé de rendre compte à l’association des conditions d’accueil et de séjour de groupe à Bgayet, ont dans le cœur la ville où ils sont nés. Dans un court entretien, il met l’accent sur le fait que tous les anciens de Bougie veulent revoir la maison où ils sont nés, le quartier où ils ont grandi, l’école qu’ils ont fréquentée et surtout se recueillir sur la tombe de leurs ancêtres. Et il ajoute que s’ils viennent par petit groupes de 30 à 50 personnes, c’est uniquement pour des raisons d’organisation pratique et de prise en charge par l’association. Pour sa part, M. Boucheta Djamal, représentant pour l’Algérie de l’association France-Maghreb, qui a été à l’origine d’une visite similaire au mois de mai dernier, indique que pour cette fois-ci les Français natifs de Bgayet sont venus à titre individuel à tel point qu’ils ont réservé eux-mêmes leurs chambres d’hôtel. Durant leur séjour d’une dizaine de jours et qui prendra fin vendredi prochain, l’action de M. Boucheta s’est limitée à mettre des guides à leur disposition pour faciliter leur circulation en ville. Notre interlocuteur indique aussi qu’ils reviendront au mois de novembre et surtout au mois de mars pour organiser quelque chose de grandiose à Bgayet.
B. Mouhoub
