Baptisé en 1976, le village agricole du 8 mai 1945 situé à quelques encablures du chef lieu de la commune de Souk El Tenine à l’est de Bgayet, présente un décor lugubre et s’engouffre de plus en plus dans une galerie de problèmes qui mine le quotidien
Le visiteur de cette localité de 3000 âmes, cruellement estropié découvre à sa grande stupéfaction un portrait au naturel d’une population très communicative et accueillante mystérieusement ignorée dans un dénuement indescriptible qui tente, contre vent et marée de résister par le biais de l’association locale » Thiziri » seule planche de salut et locomotive indélébile pour se faire entendre et crever l’abcès.
« Nous vivons un cauchemar avec des problèmes qui s’accentuent au fil des années » souligne Madjid Radji,président de ladite association qui n’est pas allé par le dos de la cuillère pour fustiger les autorités à tous les niveaux, pour le silence irritant affiché à leur égard. Visages complètement ridés par le poids de la misère, les pères de familles rencontrés évoquent à bout de souffle, le problème de leurs habitations et recensent avec animosité un total de 1200 couples tassés, tenez-vous bien, dans 200 maisons vétustes et exiguës. » Nous avons adressé un dossier complet en 2002, contenant des dossiers individuels aux autorités locales(APC,daira et wilaya) les sollicitant pour une éventuelle démarche de recasement ou autres alternatives pouvant atténuer un tant soit peu nos souffrances, hélas, autant prêcher en plein désert » déclare M. Radji qui persiste et signe : » A l’acception de certains miraculés, on note que seuls les ayants droit ont pu accéder à ce privilège » Notre visite guidée nous a permis de constater l’existence de luxueux immeubles. » La majorité des riverains sont astreints à respecter les normes d’urbanisme instaurées pour un R +1 au moment où d’autres, sans inquiétude aucune, ne trouvent aucune entrave pour construire des bâtisses de plus de trois étages » nous a fait savoir notre interlocuteur qui ajoute : » Nous interpellons justement le wali pour dépêcher une commission d’enquête pour situer les responsabilités »
Par ailleurs, l’autre préoccupation majeure est celle des câbles d’électricité qui surplombent les habitations, qui présentent une menace omniprésente sur la population qui espère que la SONELGAZ daigne y mettre le holà pour envisager les mesures qui s’imposent avec comme solution immédiate, la mise en place d’un réseau de câblage (alimentation) en torsadé. » Nous sommes vraiment en danger de mort et que les instances avisées assument pleinement la responsabilité « , avertit le président de l’association.
Pour la masse juvénile, livrée à elle-même impitoyablement entre les mains des fléaux sociaux qui poussent tel une herbe folle en plein printemps, c’est plutôt le désespoir et le chaos indescriptible.
» Après la fermeture du centre culturel ainsi que le centre de couture pour fille, c’est plutôt une fuite en avant caractérisée des autorités pour qui, a priori, la jeunesse est exclue du programme , aucune excuse ne sera en mesure de justifier l’état des lieux sauf l’inexistence de la volonté de prendre en charge ces jeunes » , estime le président de l’association locale.
L’absence des espaces verts ,la détérioration des artères principales et des ruelles complètement décapitées de leur couches de goudron lors des travaux de réalisation des canalisations d’eaux, usées et ménagères ainsi que le réseau de gaz de ville, les lieux offrent au grand dam des habitants un visage hideux et catastrophique auquel s’ajoute la menace de débordement d’oued Ablat qui a besoin d’ une opération de curage.
En somme, si sous d’autres cieux plus cléments, des chanceux se permettent des résidences somptueuses, célèbrent leurs fêtes en pleines croisières et savourent pleinement la joie de la vie ; au village agricole du 8 mai 45 de Souk el tenine le décore est complètement autre et les riverains n’ont toujours pas goûté aux bonheurs de l’Indépendance.
Rabah Zerrouk

