Le responsable de l’UDR (Union pour la démocratie et la République) a déclaré lors de son meeting, jeudi à Tizi Ouzou, que la Kabylie a besoin de garantir des postes de travail à ses enfants car le taux de chômage dans cette région s’élève à 70%. « Pour que les jeunes de Kabylie puissent trouver du travail, il faudrait qu’il y ait des entreprises dans la région. Et pour que cela puisse se faire, il est impératif qu’il y ait la paix », a affirmé Benyounès en tirant la sonnette d’alarme concernant l’apparition de graves phénomènes dans la région, lesquels phénomènes pourraient conduire à la dérive. L’intervenant a insisté sur la relance économique en Kabylie, en rappelant le temps perdu ces dernières années. Amara Benyounès a imputé cette situation au fait que la région a été prise en otage par des partis politiques jouant au chat et à la souris depuis 1989. Tout en rappelant que l’UDR est le seul parti politique algérien à revendiquer le fédéralisme, Amara Benyounès, a réitéré la position intransigeante de sa formation politique par rapport à l’officialisation de la langue amazighe. Il a noté que le meilleur cadre dans lequel tamazight pourrait être langue officielle est celui du fédéralisme. Il a déploré que l’amazighité demeure encore une carte au service d’un discours populiste, en disant que par exemple, un mouvement qui revendique l’autonomie de la Kabylie ne peut pas, logiquement, demander le statut de langue nationale et officielle à tamazight. Tout en affirmant : « Il faut absolument que tamazight soit langue officielle », Benyounès a néanmoins souligné que l’on ne peut pas obliger un Oranais à parler berbère. Dans le même chapitre, l’orateur a indiqué que la Kabylie n’a besoin ni de zaïm ni de gourous. En dénonçant ceux qui font l’apologie de la violence dans la région, en envoyant les enfants du peuple au brasier, Benyounès a dit : « Le destin de la Kabylie n’est ni dans les bars ni dans les barricades ». Benyounès a également tenu à rappeler qu’avant 2001, le jeu politique en Kabylie se faisait entre deux partis seulement mais actuellement, d’autres acteurs sont montés sur scène comme le mouvement pour l’autonomie de la Kabylie et l’Union pour la démocratique et la République. Quant aux partis qui s’autoproclament comme étant représentatifs de la Kabylie, Benyounès a affirmé que depuis 1997,il n’y a pas eu d’élections ici. Le conférencier reviendra par la suite à l’actualité politique nationale en disant : « Nous avons toujours appuyé le principe du retour à la paix et de la réconciliation nationale. Mais ceci avec un seul principe : il ne faut pas que la défaite militaire du terrorisme se transforme en victoire politique de l’islamisme. Madani Mezrag, Ali Benhadj, Abassi Madani… ne doivent plus exercer la politique. Ceci est valable pour tous les responsables du FIS ». Amara Benyounès rappellera le bilan macabre des années de terrorisme : 200 000 morts et s’étonne qu’en 2005, il y en a encore qui disent que c’est l’arrêt du processus électoral qui a provoqué le terrorisme. « Il ne faut pas oublier, dira Benyounès, que bien avant 1988, des femmes étaient vitriolées et que les maquis terroristes de Bouyali existaient bien avant aussi. Pour le leader de l’UDR, « un parti basé sur l’islamisme ne peut que verser dans le terrorisme et cette charte interdit explicitement la manipulation de la religion à des fins politiques ». L’orateur a mis en garde l’assistance quant à un éventuel rebondissement des partis islamistes, y compris dans la région de Kabylie. L’intervenant s’est montré virulent à l’égard des islamistes et des terroristes en soulignant que ceux qui ont tué doivent demander pardon : « Madani Mezrag n’est pas mon frère et même s’il était mon frère, je l’aurais renié de manière définitive. Par contre, l’UDR est avec les patriotes. Celui qui osera s’attaquer aux patriotes trouvera l’UDR en face de lui. C’est grâce à eux qu’on s’en est sortis. Les patriotes ont l’Algérie au cœur, c’est la seule raison qui les a poussés à se battre pour la préserver ». Amara Benyounès, dans le même sillage, a tenu à saluer l’ANP et les généraux qui ont pris la décision d’interrompre le processus électoral en 1991 car c’est grâce à cet acte que l’Algérie a échappé à devenir un Etat intégriste. Il affirmera que la société et les journalistes ont aussi résisté durant cette période difficile, sans oublier les femmes pour lesquelles Benyounès promet une abrogation du code de la famille comme première décision à prendre s’il venait à atterrir au pouvoir. Amara Benyounès reviendra sur le contrat de Rome, notamment son article 6 qui stipule la suprématie de la loi légitime rappelant que ce contrat a été signé avec Anouar Haddam, celui-là même qui a revendiqué le sanglant attentat du boulevard Amirouche. « Le contrat de Sant’Egidio n’était pas en faveur de l’Etat algérien ». Amara Benyounès a relevé l’isolement de l’Algérie pendant les dix années de terrorisme : « Pendant dix ans, nous n’avions ni frères ni voisins. La majorité avait aidé le GIA. Nous avons vaincu le terrorisme seuls tandis que certains de ces pays avaient hébergé les terroristes. » L’orateur rappellera, toutefois, que deux intellectuels français, André Glucksman et Bernard Henri Levy, avaient été deux des rares à soutenir le peuple algérien en venant en Algérie pendant les moments les plus cruciaux de la crise. Amara Benyounès reviendra à la charte en expliquant que cette dernière dit clairement que le FIS est seul responsable de la tragédie et ceci à lui seul constitue un point énorme et une victoire de la République car tous les responsables de la catastrophe sont désormais interdits de faire de la politique : « C’est une victoire du peuple algérien. Cette charte stipule qu’il y a eu un vaincu, c’est le FIS et un vainqueur, c’est l’Algérie. Dans le cas de la tragédie algérienne, Amara Benyounès a expliqué que la justice est globale et elle consiste à interdire le pardon à tous ceux qui ont les mains entachées de sang et l’histoire retiendra que c’est le FIS qui a déclaré la guerre civile en Algérie. Au sujet des disparus, Amara Benyounès, après avoir affirmé compatir avec la douleur de leurs familles, a indiqué que 90% sont des terroristes et que les 10% restants ont été kidnappés par le GIA ». Selon lui, l’Etat n’est pas responsable de ces disparus. « L’UDR soutient la charte avec un oui républicain mais notre combat ne fera que commencer le 29 septembre. Cette charte est un grand pas vers l’Algérie de la modernité. Cette charte est l’exact contraire du contrat de Sant’Egidio. Le président Bouteflika, dans tous ses discours, a affirmé qu’il n’y aura pas d’amnistie générale », a enchaîné Benyounès. Ce dernier a critiqué l’attitude de certains chefs de partis de la coalition qui, tout en faisant la campagne en faveur de la charte, déplorent que celle-ci ne reconnaît pas la culpabilité de l’Etat dans la tragédie, voire même pourquoi cette charte interdit-elle aux responsables du FIS de se réinvestir en politique. Mais pour Benyounès, l’essentiel de la charte réside justement dans ces points : « Cette solution à la crise est non seulement sans le FIS mais contre le FIS ». L’orateur a indiqué que Ahmed Ouyahia est le seul chef de parti, impliqué dans la campagne, qui reflète exactement le discours du président. Et d’ajouter que cette charte est le terminus pour la paix : « Nous avions émis une réserve, à l’UDR, concernant la limitation de cette charte dans le temps et le chef du gouvernement a répondu qu’elle l’était ». Amara Benyounès a encore souligné qu’au moment où le président demande de lire entre les lignes de cette charte, les opposants de cette dernière écrivent entre ses lignes. Tout en tirant sur les patrons de deux journaux qui censurent les activités de l’UDR, Benyounès a dénoncé le fait que les médias soient fermés aux opposants de la charte.
Aomar Mohellebi
