Sur quoi va déboucher la commission Bensalah ? – Le pari d’un nouvel ordre politique

la multiplication de l’éventail des convives a été si avancée que l’on serait tenté de penser que c’est plutôt un programme de gouvernement (économie, culture, sport, problèmes de société…) que la commission Bensalah cherche à établir et non des éléments politiques tangibles permettant de mener les réformes politiques, à commencer par le texte fondamental du pays, la Constitution

La commission de consultations politiques présidée par Abdelkader Bensalah, président du Conseil de la nation, vient de clôturer ses travaux au milieu de cette semaine, bien que le véritable travail commence sans doute à partir de maintenant : Affiner les comptes-rendus des différentes audiences, procéder à la récapitulation des idées et propositions et tenter une synthèse générale à présenter au président de la République, ordonnateur de la mission.

Le moins vigilant des observateurs aura constaté deux phénomènes importants qui ont caractérisé& le déroulement de ces consultations.

Il y a d’abord la liste des personnalités, des partis et des associations qui n’ont pas jugé utile de répondre à l’invitation de Bensalah. Ils sont nombreux, et pèsent, quoi que l’on dise, d’un poids important dans la scène politique nationale et au sein de l’opinion publique.

Ensuite, la multiplication de l’éventail des convives a été si avancée que l’on serait tenté de penser que c’est plutôt un programme de gouvernement (économie, culture, sport, problèmes de société…) que la commission Bensalah cherche à établir et non des éléments politiques tangibles permettant de mener les réformes politiques, à commencer par le texte fondamental du pays, la Constitution.

Les détracteurs de la démarche présidentielle ont eu un mot pour qualifier une telle procédure : “diversion”. Le cas échéant, il appartiendra naturellement au président de la République d’infirmer de tels “préjugés’’ ou ce genre d’idées préconçues. Une chose paraît certaine : de telles “estocades’’, émanant parfois de “poids lourds’’ de la politique ne sont pas venues ex-nihilo. Elles résultent d’une tradition de fausses consultations et de crypto-conférences nationales qui ont échaudés les acteurs les plus patients de la vie politique et même les citoyens les plus simples.

Au vu du contexte régional caractérisant l’aire culturelle arabo-musulmane-où se succèdent, révoltes, révolutions et chutes des dictatures-et du contexte national qui voit s’élever des voix de lus en plus affirmées vers plus de démocratie, de développement économique et de justice social, le pouvoir politique est loin de bénéficier d’un quelconque répit ou quelque période de grâce.

Depuis janvier 2011, l’Algérie est sommée de se transformer dans la nature de sa gouvernance et dans sa manière d’appréhender le progrès et le développement économique.

En tout cas, la situation de surplace à trop duré pour qu’elle puisse être resservie comme seule fatalité pour les Algériens.

L’actuel déficit de visibilité politique et économique est alimenté non seulement par des acteurs volages ou protéiformes, mais également par une patente dichotomie entre, d’une part, les potentialités réelles du pays sur les plans de la relance économique et de la modernisation politique, et, d’autre part, la dommageable crispation qui affecte les organes et les ressources humaines censéés devoir travailler pour ces nobles idéaux.

Visiblement, entre les ahans de la transition économique et les gesticulations de la scène politique, nous avons la nette impression d’avoir affaire à une singulière similitude, somme toute explicable puisqu’elle relève d’une dialectique imparable qui fait que les secondes se nourrissent des premières et inversement. Le secteur informel- générant concurrence déloyale, grave évasion fiscale et risques pour la santé des citoyens- est en train de phagocyter un peu plus chaque jour l’économie structurée animée par une poignée de capitaines d’industrie à qui on n’hésite pas à mettre les bâtons dans les roues.

Risques et manœuvres

Au niveau de ce qui est traditionnellement appelé classe politique, la vacuité et le ronronnement dans lesquels sont plongées des structures et les formations légales, y compris les partis relevant de l’Alliance présidentielle, et les différentes instances élues, ont laissé place à une grande agitation périphérique qui alimente quotidiennement les commentaires de la presse et la vox populi.

Comme dans les lois de la physique des gaz, les acteurs et les gesticulations des nébuleuses politiques informelles tendent- par expansion infinie- à prendre tout l’espace qui leur est octroyé. Les groupes d’intérêts, les associations satellitaires (comme au temps des organisations de masse), les notabilités, tous ces fatras informels, jouent parfois des rôles et disposent d’influences autrement plus importants que les organisations structurées. Autrement dit, l’on est fondé à penser que la “clandestinité’’ n’est pas l’apanage de l’ancien régime autoritaire du parti unique.

La commission Bensalah vient, quelque art, de confirmer cet état de fait en appelant aux consultations politiques parfois de “célèbres anonymes’’ ou des “has been’’ dont l’opinion publique et les citoyens se ressouviennent difficilement.

Dans un contexte aussi fuyant, il faudrait sans doute avoir une sacrée dose d’ingénuité pour penser que les textes de loi et les règlements- aussi généreux et aussi rationnels qu’ils soient- puissent, à eux seuls, redresser une situation problématique ou installer un climat de sérénité lorsque la culture politique ambiante est fondée sur des combines, des coups bas et des intérêts rentiers colossaux. Des invités de la commission de Bensalah l’ont dit, et on leur reconnaît cette franchise qui consiste à répondre courtoisement à une invitation tout en disant que la procédure et la méthode n’y sont pas.

Il y a presque six ans, le président Bouteflika fit voter par référendum le texte sur la Charte pour la paix et la réconciliation nationale.

Cet instrument juridique et à portée politique certaine a été régulièrement malmené et dénaturé par les différents acteurs-situés à l’intérieur et à l’extérieur des instances exécutives de l’État- si bien qu’il est graduellement dépouillé de son âme et de son panache qui auraient pu l’élever au rang de loi historique de l’Algérie consacrant l’esprit de magnanimité les valeurs de la justice et l’ébauche d’un renouveau national.

La fin de la subversion terroriste aurait pu signifier aussi la grande réconciliation des Algériens avec leur Etat, avec leurs institutions (y compris les partis politiques) et avec eux-mêmes.

Il se trouve que des manœuvres et des contorsions dangereuses continuent à obérer les dispositions de loi portant sur la réconciliation nationale. Les dernières sont celles qui consistent à faire pression sur le pouvoir politique- que l’on considère affaibli par les circonstances nationales et régionales-pour l’amener à déclarer une amnistie générale et libérer environ 7 000 terroristes islamistes condamnés définitivement. Un ‘’mini-congrès’’ de certains anciens éléments de l’ex-Fis à l’étranger se sont réunis, il y quelques semaines en Allemagne, pour faire aboutir un tel projet et, comble d’ironie de l’histoire, pour créer un nouveau partie islamiste sous une autre dénomination.

Devant de tels défis posés à la société à République et à la démocratie, quel sera l’apport de la commission Bensalah de consultations politiques ?

Amar Naït Messaoud