Des jeunes de Saharidj défient la peur et les difficultés

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Se rendre au sommet de Tamgout (Lala Khadîdja), à 2 308 m d’altitude, est un rituel ancestral pérennisé depuis la nuit des temps, bien avant l’avènement de l’islam aux ères où les croyances populaires étaient aussi multiples que diverses. Après l’indépendance, ce pèlerinage des plus exaltants, qui consiste à passer les nuits du mercredi et jeudi, chaque semaine du 20 juin au 20 juillet, au sommet de la majestueuse montagne et où un groupe de volontaires récolte les offrandes des visiteurs pour en faire une Waâda composée d’un couscous préparé sur place que tout le monde se partagait durant les deux jours. Après l’indépendance, ce rituel s’est reconvertit en randonnée récréative, mélange de sensations fortes tel que l’ascension, loin d’être une simple promenade, la sensation de dominance de toute la Kabylie qu’on a à ses pieds et à perte de vue, une fois arrivé au sommet. Les jeunes ont inventé un jeu passionnant pour enrichir leurs connaissances de la géographie des deux versants (Nord-Sud) de la Kabylie, en s’engageant dans un concours qui consiste a repérer les régions et à deviner les noms des villages visibles à l’œil nu. Ce rituel millénaire a été abandonné depuis plus de 15 ans, avec l’avènement du terrorisme, et a commencé à sombrer dans l’oubli. Mais c’était sans compter sans la prise de conscience des jeunes de la région, auxquels n’a pas échappé l’enjeu du volet culturel et traditionnel de ce pèlerinage, qui n’attendaient que l’amélioration de la situation sécuritaire pour reprendre leurs bâtons de pèlerins et reconstituer les mêmes gestes que leurs ancêtres affectionnaient. C’est ainsi qu’un groupe de jeunes de Saharidj, amateurs d’aventures et de sensations fortes, se sont lancés, ce dimanche après-midi, à l’assaut du sommet de Tamgout, néanmoins avec des réflexes de prudence imposés par la peur des hordes barbares. Aux environs de 22h dans la nuit du dimanche à lundi, les jeunes ont commencé à envoyer des signaux lumineux à l’aide de torches électriques pour fêter leur victoire sur les récifs et les pentes abruptes qu’ils ont escaladées pour arriver au sommet. L’ancien sentier qui y mène, non utilisé depuis longtemps, est presque invisible et recouvert de galets et de végétaux. Les mêmes signaux leur ont été renvoyés à partir de Saharidj, pour leur signifier qu’ils sont repérés, c’est le seul moyen d’entrer en contact avec eux, sachant que sur ce sommet il n’y a pas de couverture des réseaux de téléphone mobile. Ces jeunes, qui ont bravé tous les dangers et les difficultés, ont, ainsi, démontré que la vie a fini, malgré tout, par reprendre ses droits. On commence déjà à rêver de ce projet d’extension touristique de Tala Rana qui apporterait, avec ce genre d’initiatives, beaucoup de perspectives pour la population.

Oulaid Soualah

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