Au cahier Culturel – Mhenni le comédien, chanteur et homme de cinéma

Par Abdennour Abdesselam:

Quand un artiste rassemble autant de qualités professionnelles, il ne peut qu’être complémentaire par lui-même et pour lui-même. Plutôt connu comme chanteur/comédien né Mhenni, auteur du célèbre hymne à la berbérité dans sa chanson Tchekkredh-iyi-d Jeddi-k et de l’une de ses chansons phares A Jedjiga, a de tout temps donné du fil à retordre à ses accompagnateurs formant son orchestre. Ce n’est qu’à la douzième répétition qu’il a réussi à enregistrer Yennejla Iruh. En effet, durant les 11 premiers essais, les musiciens de son orchestre tomberont fous de rire car Mhenni ne pouvait s’empêcher de faire naturellement dans la comédie théâtrale. Par ses gestes, son regard chercheur, ses coups d’œil malins, ses positions tout aussi droites que torsadâtes et enroulâtes, Mhenni enchante. Durant plus de trente années, il prêtera sa voix magique à divers personnages du théâtre radiophonique de la Chaîne II. Sa seule présence dans ces pièces rassure et rehausse la qualité dramaturgique. Il est vrai que les «riwayat» radiophoniques ne se faisaient et ne se suivaient qu’au moyen de la seule voix. Il y a l’absence de toutes ces images complices qui accompagnent la compréhension des scènes jouées. Mais c’était compter aussi sans les voix imageantes de ses compagnons et collègues de la même radio comme Ali Abdoun, Achrouf Yidir, Djamila, Nouara, Anissa et tant d’autres lumières de la radio kabyle. Après Kker a mmis umazigh, la relève s’est faite avec Tchekkredh-iyi-d jeddi-k jetée à la face de ces guetteurs mouchards kabyles qui se tramaient dans les couloirs de la RTA quêtant toute production sortant du «standard» culturel et identitaire imposé durant les années folles de la barbarie du parti unique, de la dictature d’alors et surtout de l’antikabylisme qui se vérifie encore aujourd’hui hélas ! Usant de la rhétorique et de la métaphore dans son texte, Mhenni réclame le droit de citer à la dimension berbère et que justice soit faite à l’histoire. Il fera ainsi jouer des dribles par des mots et des feintes en petits ponts de poésie engagée aux nombreux et vils dénonciateurs du prince. C’est un miracle que cet hymne à la Berbérité n’ait pas été censuré. Forcément que le piège de l’emprunt à la langue arabe «jeddi » y est pour quelque leurre à la Mhenni par lequel les senseurs n’ont rien vu venir. Le message est passé à travers les rets de ces émissaires de la fameuse commission de censure instituée et qui rasent les murs aujourd’hui toute honte bue.

Abdennour Abdesselam (kocilnour@yahoo. fr)