Aghbalou Commémoration du 52e anniversaire de la bataille d’Akouir – Les Ath Ighil s’en souviennent

Très bonne initiative de l’association Thiwiza du village d’Ighil Ouchekrid dans la commune d’Aghbalou qui a organisé une journée commémorative de la bataille d’Akouir, le 13 Mai 1959, il y a de cela 52 ans, et qui avait fait 21 martyrs et plusieurs blessés.

C’est une des pages de l’histoire de cette région qui a été ressuscitée samedi dernier. Ce fut une journée exceptionnelle pour les villageois d’Ath Ighil. En effet, le village n’a pas connu un tel engouement, notamment de moudjahidine de toute la région Ath M’likeche, Tazmalt, Aghbalou, Chorfa, M’Chedallah, conviés a cet effet. L’ensemble des invités se sont rassemblés au niveau de l’école primaire du village qui porte d’ailleurs le nom d’un des valeureux Chahid du village, «Guerrout Meziane», dit Bou Achiwen, où s’est également renu une exposition portant des portraits de martyrs, des débris d’un avion de chasse de l’armée coloniale, des débris de bombes, un burnous appartenant a un Chahid, etc. Le plus éloquent dans l’exposition et qui a attiré l’attention des hôtes d’Ath Ighil est sans doute ce mouchoir entaché de sang, deux morceaux de galette et quelques balles retrouvés dans la poche du Chahid Amalou Omar, tombé au champ d’honneur le 10 Mai 1959. Une marche symbolique a été improvisée par les moudjahidine et moudjahidate, et la population locale en direction du carré des martyrs pour se recueillir a leur mémoire. De retour à l’école où devait se tenir une conférence sur la bataille d’Akouir, la cour s’est avérée très exiguë pour contenir tout ce beau monde venupour partager cette journée commémorative organisée pour la première fois, et qui ne sera sans doute pas la dernière, comme a tenu à le confirmer le président de l’association Thiwizi. Des écoliers étaient de la partie avec une chorale de chants patriotiques. En revanche, c’est le colonel en retraite Abdallah Dellys, un des responsables de la compagnie qui s’est retrouvée coincée sous un déluge de feu de l’armée coloniale le 13 Mai, qui a retracé en filigrane la bataille d’Akouir. Pour le narrateur. «On devait quitter le village la veille ou très tôt dans la matinée, le village d’Ighil Ouchekrid, situé dans une cuvette, était certes un lieu de prédilection pour le transit des moudjahidine d’une rive à l’autre de la montagne du Djurdjura, mais difficile à contrôler». A témoigné le colonel, blessé d’ailleurs au bras droit par une balle explosive lors de la bataille. «Il y avait un désaccord, poursuit-il, entre ceux qui voulaient partir et ceux qui voulaient rester. Ce sont ces derniers qui l’avaient emporté nous avons désigné alors quatre sentinelles pour surveiller les alentours du village. Or, tôt dans la matinée du 13 Mai, c’est l’alerte générale, des escadrons de l’armée coloniale se dirigeaient vers le village de toute part. On devait partir illico presto. Après avoir réussi à faire passer trois sections, les militaires français en nombre impressionnant étaient déjà arrivés. Tout le monde avait comme instruction de rester caché. Or, un djoundi a été repéré après avoir tenté de se déplacer, et c’est le début d’une longue bataille qui a duré toute la journée du 13 Mai, jusqu’à une heure tardive de la nuit. C’était infernal, en plus de l’armée terrestre, des avions de chasse bombardaient nos positions, ainsi que des tirs à la roquette à partir de Boudjellil. Le colonel racontera comment il a passé le reste de la journée, sans doute la plus longue, craignant d’être capturé. «J’avais une Matt 51 SPD, difficile à manier, je perdais beaucoup de sang, je savais que j’allais m’effondrer à tout moment, j’ai alors instruit mon SG, le nommé Boucherit de tout faire pour sauver sa tète surtout les documents portant une liste des moudjahidine». Le colonel faillit se faire capturer lorsque les militaires français marquèrent une halte à moins de 100 mètres de sa cache. «Je pouvais entendre tout ce qu’iIs se disaient entre eux, j’ai imaginé le pire. Au bout d’un bon moment, ils ont changé d’endroit à mon grand soulagement». Il était presque minuit, dira-t-il, lorsque la bataille a pris fin. Il racontera comment le lendemain, des villageois d’Ivehlal, village voisin, se sont déplacés à dos de mulets et d’ânes à Ighil pour secourir les blessés. C’est d’ailleurs dans ce village que fut transporté le colonel ainsi que les autres blessés pour se faire soigner. Le colonel Dellys rendra un vibrant hommage non seulement aux villageois d’Ath Ighil, mais à tous les villageois de la région ; Ivehlal, Ath M’likeche, etc. …. pour leur solidarité exemplaire lors de la guerre pour l’indépendance. D’autres Moudjahidine présents, dont une Moudjahida du village, se sont relayés sur l’esplanade pour apporter leurs témoignages sur la bataille d’Akouir et autres, puisque il y en eu tellement dans la région pour ne citer que le bombardement de Taddart Ufella à Ighil, l’attaque de Thiveharine à Ivehlal. Agri Kaci qui a pris la parole dira que le village martyr d’Ighil a connu deux grands événements. Hormis la bataille d’Akouir du 13 Mai 1959, il y eut aussi le bombardement de Taddart Ufella le 26 Juillet 1958. Il racontera comment la population avait vécu ces deux dates, des moments infernaux. Au bout de ces 16 ans, il dira que dans la bataille d’Akouir, l’armée coloniale avait subi de grosses pertes, les hélicoptères n’ont pas cessé d’effectuer à longueur de journée des allers- retours pour évacuer leurs morts et blessés. Hormis la population qui avait réussi de quitter le village, les autres, entre 350 et 400 personnes ont été rassemblés et cloîtrés dans la maison des Benyahia pendant toute la durée de la bataille. Agri Kaci racontera aussi le bombardement de Taddart Ufella, l’ancien village d’Ighil, un certain 26 Juillet 1958. Certainement informés sur la présence de Moudjahidine dans le village, l’armée coloniale envoya plusieurs avions pour bombarder le village. Neuf villageois avaient alors été tués lors de ce raid aérien dont deux femmes, Bouarar Houria et Mouhou Nissa. Il rendra un vibrant hommage aux valeureux martyrs, invitant en l’occurrence la population locale notamment les jeunes à plus d’union pour aider le village à sortir de sa longue léthargie. Il regrettera toutefois l’absence très remarquée des autorités locales, de daïra et de la wilaya de Bouira, conviées pourtant à cette journée. Il estimera en l’occurrence que le village d’Ighil, qui s’est sacrifié pour l’indépendance du pays, n’a malheureusement bénéficié d’aucun projet de développement. A la fin de cette journée commémorative, des cadeaux symboliques ont été distribués aux Moudjahidine, un geste très apprécié par tous, certains avaient même du mal pour cacher leur émotion.

Rayane B.