Les uns au nom du sacro-saint principe fondamental du libéralisme, les autres invoquent la protection de la production nationale, favorisée par la banqueroute de l’industrie textile nationale et son incapacité à répondre aux besoins du marché. Le commerce de la friperie connaît de plus en plus une expansion sans précédent et tant mieux pour les couches défavorisées !Au niveau de la capitale des Hauts Plateaux, Sétif, à l’instar de toutes les wilayas du territoire, la friperie s’est taillée la part du lion, notamment à l’occasion de cette rentrée sociale où pratiquement, tous les coins de la ville de « Sidi El Khier » présentent des magasins à ciel ouvert et offrent des marchandises à la portée des citoyens. C’est l’effervescence partout ! De grands espaces sont occupés par ce marché aux « puces » où toutes les catégories peuvent se permettre toute sorte de vêtements « demandés ». Les articles sont exposés sur les étals ou accrochés sur des cintres avec leur tarification jugée très accessible selon les informations recueillies auprès des citoyens. A titre d’exemple, les pantalons sont cédés à des prix qui varient entre 300 et 400 DA la paire, les chemises coûtent entre 100 et 200 DA la pièce. Les vêtements ont presque la même provenance : l’Italie. Parfois, ils empruntent des circuits détournés avant d’atterrir sur le marché local. Les marchands interrogés nous disent se les procurer chez des « grossistes », « un ballot d’environ 200 pièces nous revient à 25 000,00 DA », nous confie cheikh Kaci qui jouit d’une grande popularité à Beau-Marché. A notre question pour savoir combien il gagne en vendant la friperie, notre interlocuteur comme pris de court par la question, s’évertue à nous démontrer à grand renfort d’arguments, que ce marché n’est pas aussi « juteux » qu’on le pense, mais évitera soigneusement de nous révéler le montant des gains. « De toute manière, je subsiste », ajoute le cheikh. Plus loin dans la même artère, un autre marchand, un ex-jeune chômeur qui vient d’investir dans le créneau, avec un étalage achalandé tente d’appâter les passants en leur proposant des tee-shirt à 50 DA la pièce, notre interrogation trouve enfin la réponse : « On gagne jusqu’à 2 000 DA par jour, mais parfois on sue pour des miettes. C’est le cas quand on trouve dans un ballot beaucoup d’articles usés ou trop fripés qu’il faut alors repasser », nous répond avec un grand sourire, le jeune homme. Les citoyens d’Aïn El Fouara, eux, trouvent vraiment leurs comptes. Les contraintes budgétaires consécutives dues à l’effondrement du pouvoir d’achat, les ont poussés à se rabattre sur la fripe pour s’habiller à moindre frais. « Depuis que ces marchés existent, je m’y approvisionne pour toute la famille », nous a avoué le père de famille très soulagé et d’ajouter : « Pourvu que ça dure ». Même la gent féminine a tendance à bouder les articles proposés en vitrine devenus hors de prix selon les témoignages que nous avons pu arracher. Les femmes ne s’embarrassent plus des « qu’en dira-t-on » pour garnir leurs garde-robes de linge provenant de la friperie. « Je n’ai pas de parents à l’étranger, mais grâce à ces marchés, je me suis permis des vêtements d’outre-mer », nous confie Nassima, une jeune lycéenne très heureuse. Après une journée lassante, et par pure « curiosité » nous avons effectué une virée nocturne dans la ville de Sidi El Khier qui nous a permis de vivre et de constater des moments d’animation créés par des citoyens « paisibles » qui cherchent, à vrai dire, à tout prix de récupérer les moments « gâchés » par la horde terroriste qui écume toujours les montagnes des Babors en attendant le résultat du vote pour la réconciliation nationale prévu pour le 29 septembre prochain. Les Sétifiennes, elles, n’ont pas lésiné pour exhiber leurs plus beaux hidjabs, fait bien remarqué à travers les rues principales de Sétif, qui n’a apparemment rien perdu de ses coutumes. « En attendant une vie meilleure, vive la friperie à présent ! », nous lance une Amria qui n’a pas raté l’occasion pour tirer à boulet rouges sur les marchands de gros de Tadjnent et d’El Eulma. « C’est très cher cette année ». En somme, si ces marchés aux « puces » très prisés, sont une véritable planche de salut pour les « démunis », il n’est toutefois pas rare de croiser, au milieu des étals, quelques « nantis » à la recherche d’une « belle affaire » ! Car faire des économies n’a pas seulement pour but d’éviter la mise à mal de son porte-monnaie, cela fait partie, aussi, du « savoir-vivre »… des Sétifiens.
Rabah Zerrouk
