»Le toxicomane a le droit d’être écouté »

La Dépêche de Kabylie : Parlez-nous de ce premier livre et comment l’idée de l’écrire vous est venue ?ll C’est vrai que l’écriture a toujours été ma passion, une sorte d’antidote et la meilleure thérapie qui soit mais je n’ai jamais pensé arriver à écrire un livre et surtout à le publier. Mais maintenant que j’ai commencé, je suis tentée d’avancer dans cette belle expérience. Au début, l’histoire tournait autour d’un seul personnage, Kahina, une jeune algérienne de 20 ans, qui, avec ses idées modernistes, cherche à s’affirmer et à se faire une place dans sa société. Comment alors Adel a-t-il fait son entrée ? ll Le déclic m’est venu quand j’ai rencontré en plein jour et au cœur même d’Alger, au vu et au su de tout le monde, un jeune qui ne devait pas dépasser les 13 ans, en train d’inhaler de la colle sans soulever aucune réaction des passants qui n’ont même pas fait attention à ce gamin qui se détruit dans l’indifférence la plus totale. J’ai alors réalisé le degré qu’a atteint l’individualisme dans notre société, et la perte des valeurs morales et sociales ayant permis la prolifération de fléaux dévastateurs qui attaquent surtout notre jeunesse. La société doit prendre ses responsabilités et assumer son rôle d’éducatrice et apprendre à casser les tabous et à parler des maux qui la rongent. Adel, qui avait tout pour vivre une existence heureuse avec sa moitié, a fini par rendre l’âme à cause de ce poison. En votre qualité d’éducatrice, comment peut-on lutter contre la drogue, notamment chez les jeunes ? ll A travers mon contact permanent avec les enfants, j’ai appris qu’ils sont des âmes disponibles à écouter, à comprendre et surtout à obéir quand ils ressentent qu’ils sont valorisés, pris au sérieux et bénéficiant de l’attention des adultes. Il suffit de leur expliquer de la manière la plus simple ce qui représente un danger pour eux, sans rien leur imposer. Car il faut admettre que c’est de leur droit de découvrir et de notre devoir de leur parler. Apprenons à dialoguer avec eux à cœur ouvert, mais surtout éducateur. Essayons de découvrir ensemble ce qu’ils veulent savoir. C’est justement ce qui manque aux adultes qui ont perdu la faculté de tendre l’oreille à ceux qui en ont besoin. Il faut que la sensibilisation et l’éducation pour prévenir ces fléaux commencent dans nos écoles et soient intégrés dans les programmes scolaires. Ce n’est plus un tabou et il faut en parler. Par le personnage de Adel, le toxicomane qui déborde d’innocence et de sensibilité, quel message voulez-vous véhiculer ?ll Vous savez, consommer de la drogue peut être la cause d’une misère sociale ou pour les gens aisés, un problème d’ordre psychologique pour compenser un manque quelconque. Il ne faut pas diaboliser le drogué car c’est avant tout un être normal qui a besoin d’être réconforté, écouté et assisté. A travers le personnage de Adel, qui, en raison du manque de l’affection paternelle, a sombré dans un univers sans pitié, et le cadre romanesque dans lequel je l’ai placé, j’ai voulu transmettre un message au large public et surtout à faire passer le dur à travers le tendre. Parler de la drogue par le biais d’un roman touchant qui recèle beaucoup d’humanisme et de sensibilité passe plus aisément et les gens le perçoivent mieux.

Propos recueillis par H. Hayet