Les prix en légère baisse

L’arrêt de l’importation des véhicules de moins de trois ans n’a pas eu l’effet attendu sur le marché de l’occasion marqué par l’hésitation et l’attente d’une confirmation de la réalité de cette mesure. « Tant que ces voitures franchiront la douane, ce marché sera orienté à la baisse. Il faudra attendre le début de 2006 pour voir se dessiner une tendance à la hausse si les prix du neuf ne baissent pas », affirme Ammi Saïd, revendeur attitré qui sévit sur les marchés d’Akbou, de Sétif et de Tijelabine. Le coup de starter donné par les spéculateurs n’a pas fait démarrer la flambée des prix. Deux phénomènes ont contrecarré cette orientation voulue à la hausse. La nouvelle du blocage de milliers de voitures dans les ports européens donnée par la presse a fait naître l’hésitation chez les acheteurs qui attendent cet excédent de l’offre pour faire leur choix à des prix raisonnables. Ceci d’une part, d’autre part, de nombreux émigrés ont proposé leurs véhicules à la vente renflouant une offre déjà abondante sur le marché de l’occasion. On pourra ajouter que les véhicules neufs connaissent la période de « solde » avec de nombreuses remises chez Peugeot et d’autres marques, sans oublier la ruée sur le marché du neuf de cylindrées à prix abordable, comme Dacia, Fiat et autre Marutti. Le véhicule d’occasion connaît une offre abondante au point où il ne trouve pas acquéreur. Tous les artifices et les rumeurs entretenus par les spéculateurs tels que les hausses du prix du neuf en Europe, la hausse du prix du pétrole, qui se répercutera sur les prix de composants et des motorisations, la hausse des l’euro, la baisse paradoxale des prix de la pièce détachée n’ont été d’aucun secours aux revendeurs qui espéraient faire de cette mesure d’arrêt de l’importation l’aubaine pour engranger de gros dividendes. « En pareille période de fin de vacances, les prix sont naturellement orientés à la baisse, à cause du nombre de véhicules proposés à la vente. L’effet d’annonce de la suppression des importations n’a pas opéré. Avec ces milliers de véhicules bloqués dans les ports français, il n’y a aucune hausse des prix à espérer, mieux vaut attendre la fin de l’année », affirme un revendeur béjaoui, résumant l’état d’esprit général. La méfiance et l’hésitation sont de mise. « Celui qui vend pense que ce n’est pas cher payé, celui qui achète se sent grugé », dit l’adage populaire. Le véhicule quasi neuf de moins d’un an fait les frais de cette situation. Il est le moins coté. Un van de marque Peugeot, Partner de 2004, qui a roulé 9 000 km seulement, perd près de 20 millions de centimes par rapport au prix maison qui est de 137 millions. Une Kangoo de 2005 avec 6 000 km au compteur peut perdre jusqu’à 150 000 DA par rapport au prix du neuf. Une petite cylindrée Honda Civic achetée fin 2004 avec 10 000 km au compteur est cotée à 90 millions alors qu’elle est vendue par sa maison à 105 millions. Seule la petite cylindrée, à la portée des bourses populaires, s’échange encore. La Renault Clio, la Peugeot 206, la Citroën Saxo et les petites Fiat se négocient entre 40 et 50 millions selon leur année de fabrication, à la même hauteur que les anciennes Volkswagen Golf. La cylindrée moyenne de plus de 3 ans marque le pas. Peugeot 306, Renault Mégane, Scénic, Toyota et autres Laguna se négocient entre 60 et 70 millions selon les options et l’âge. « La voiture est devenue une marchandise comme les autres. L’époque où elle constituait une valeur refuge est révolue. De nos jours, un véhicule qui roule perd 15 à 20 millions de sa valeur par année. Il faut savoir que la location d’un véhicule revient entre 4 à 5 millions par mois ; faites donc vos calculs et vous aurez le taux de l’usure annuelle. Avec toutes les pollutions qui nous environnent, il est temps de prendre son vélo », conclut un enseignant, écologiste malgré lui, qui, après 25 ans de labeur, n’arrive pas à se payer une modeste voiture.

Rachid Oulebsir