Agriculture Rongées par l’avancée inéluctable du béton – Des terres agricoles en perdition

La progression implacable du béton armé dans la quasi-totalité des régions de la vallée de La Soummam, fait planer une grave menace sur le foncier à haute valeur agricole.

Ce riche patrimoine, terreau nourricier pour des milliers de familles, s’en va ainsi en lambeaux en faisant l’objet d’amputations outrancières au profit de lotissements sociaux et de pôles urbains. A El Kseur, où le prix du mètre carré a atteint des niveaux rédhibitoires, un site comme celui d’Akal Aberkane, situé à proximité de la ville, est sacrifié sur l’autel de la logique économique et de la pulsion rentière. Des constructions en tout genre y poussent comme de mauvaises herbes à la belle saison, engloutissant irrémédiablement les terres sous des coulées de béton. «La dilapidation d’Akal Aberkane a commencé avec l’investissement public consistant en la réalisation de projets d’utilité publique, comme les infrastructures éducatives et les projets immobiliers. Je pense que cela a encouragé beaucoup de gens à s’engager dans des transactions sur ces terres, qui ont acquis entre-temps, beaucoup de valeur sur le marché», se remémore un commerçant installé au quartier Berchiche. Dans la haute vallée de la Soummam comme Akbou, Ouzellaguen et Tazmalt, le même constat de désolation s’impose à la vue. Des terres de parcours, des lopins à vocation agricole et des oliveraies centenaires font les frais de cette frénésie sans précédent. «Les gens cèdent aux sirènes de l’argent avec une facilité déconcertante. Le plus souvent, ils s’empressent de bazarder un patrimoine multiséculaire qui ne leur appartient même pas», fait remarquer un fellah d’Ouzellaguen. «A ce rythme, conjecture-t-il, toutes les parcelles de terre situées entre la ville d’Ighzer Amokrane et le village Helouane, des deux cotés de la RN26, disparaîtront dans un avenir pas très lointain». A Akbou, de larges pans de terres appartenant aux particuliers, de même que celles relevant du domaine privé de l’Etat et faisant office d’exploitations agricoles, subissent le même sort. Elles sont défalquées au profit de projets d’équipements publics. Il en est ainsi du projet de construction d’une unité républicaine de sécurité et d’un établissement pénitentiaire, en cours de réalisation à la périphérie de l’agglomération, et tous deux gagnés sur des périmètres appartenant aux EAC. Cependant, «le transfert de ces terres s’est fait dans le strict respect de la loi», assure un responsable de la subdivision de l’agriculture d’Akbou.

N. Maouche