Chronique d’une crise qui perdure

Les problèmes qui perdurent au lycée Mouhali ont pris une autre tournure perturbant ainsi la rentrée scolaire retardée de 15 jours et qui risque d’être prolongée par une grève décidée par les professeurs qui contestent les retenues sur salaires et les notes de la prime de rendement du 1er trimestre 2004, qu’ils jugent arbitraires. Les premiers concernés dans un conflit dont ils payent innocemment les frais, sont les quelque 1 300 élèves qui pointent chaque matin devant le portail de leur lycée, dans l’espoir de rejoindre les classes comme leurs pairs des autres établissements, mais qui après quelques heures d’attente rebroussent chemin. Le motif, souvent évoqué, serait l’absence des emplois du temps qui n’ont pas été élaborés, comme il est d’usage à la fin de l’année scolaire 2004/2005. « La rentrée scolaire est prévue pour le samedi 17 septembre, elle est différée pour samedi 1er octobre à cause des emplois du temps qui n’ont pas été préparés à la fin de l’année scolaire écoulée et nous travaillons d’arrache-pied pour qu’ils soient fin prêts à la date indiquée pour la reprise », souligna le surveillant général. Autre paradoxe, incroyable mais vrai, les enseignants d’un lycée qui a enregistré le meilleur score aux résultats du bac en décrochant la 1re place dans l’enseignement général et la 4e avec les lycées techniques inclus ont été remerciés par leur ex-directeur qu’on dit pourtant n’avoir pas cumulé 20 jours de de présence durant toute l’année, ce qui ne l’a pas empêché de leur attribuer des notes dévalorisantes pour la prime de rendement du premier semestre 2004 ne dépassant pas les 50% et il est aller plus loin en signalant des enseignants absents alors qu’ils étaient présents, lit-on dans une pétition signée par un collectif de 10 enseignants responsables de classes, et adressée le 11 septembre au directeur de l’Education de Béjaïa, avec copies transmises au président de l’association des parents d’élèves et au chef de la daïra de Seddouk. Ils ont demandé en substance à ce que ces notes humiliantes, qui touchent les 2/3 du personnel pédagogique, et les retenues infondées, sur les salaires du mois de juin de certains enseignants, contenues dans les bordereaux adressés au service du personnel, soient reconsidérées, tout en concluant par une menace à peine voilée qu’ils recourront à une grève, si aucune suite positive, n’est réservée à leur requête », rajoutent-il. « En plus de l’effet pécuniaire, nous demandons aussi la réparation du préjudice moral subi tout au long de l’année passée par l’ensemble du collectif pédagogique, par une réhabilitation de la dignité et du droit de l’enseignant bafoués dans cet établissement où nous craignons que l’arbitraire instauré précédemment devienne une tradition », dira un enseignant en sciences économiques, Bouzera Youcef. Aussi, l’inquiétude est assez grande chez le président de l’association des parents d’élèves, Lamari Abdelaziz. Affolé, il affirme ne lésiner sur aucun moyen pour convaincre le directeur de l’éducation de Béjaïa d’effectuer une visite dans ce lycée afin de réunir l’ensemble des protagonistes pour mettre fin à une crise qui n’a que trop duré. « Je descendrai dans le courant de cette semaine à la direction de l’Education de Béjaïa pour demander au directeur d’intervenir dans les plus brefs délais afin de décanter une situation qui se complique davantage. La rentrée scolaire a été différée et le spectre d’une grève hante les esprits des parents d’élèves qui n’ont pas encore dit leur dernier mot. Il est inimaginable qu’un lycée de cette envergure, puisse être traversé par des problèmes cruciaux où les seules victimes demeurent nos enfants. Je lui demanderai de se déplacer dans ce lycée et de prendre langue avec l’ensemble des acteurs, afin qu’il soit mis fin à une situation lamentable, inédite, lourde de conséquence et qui, apparemment est loin de connaître son épilogue après plus d’une année de tourmente », entonne-t-il. Ce début de semaine a été euphorique pour le personnel avec la venue d’un nouveau directeur, Abdalache Ali, une figure anciennement connue dans ce lycée, où il a occupé la fonction de censeur depuis 1997 avant d’être envoyé en 2004 pour un stage de proviseur, formation qu’il vient d’achever. « Sa nomination dans ce lycée est venue à point nommé apporter de l’eau au moulin », jubila un enseignant. Pour lui, le plan de redressement est d’ores et déjà établi. « Avant toute chose, on s’attelle à finaliser dans les meilleurs délais possibles, les emplois du temps pour permettre aux 1 300 élèves de regagner les classes. Ensuite, on entamera les conseils de l’enseignement avec les professeurs afin de mettre en place une coordination entre les différents protagonistes. Pour les 14 postes pédagogiques vacants que recèle notre lycée, la DE a été saisie en temps opportun et l’affectation des enseignants est attendue dans les prochains jours comme l’a promis la tutelle. S’agissant des turbulences qu’a connues notre lycée l’année scolaire écoulée, personnellement je suis très peiné mais confiant en son personnel avec qui j’ai partagé dans le passé des peines et des joies. Aujourd’hui, je suis convaincu qu’ensemble, la main dans la main, nous arriverons à aplanir toutes les difficultés avec l’aide de Dieu bien sûr », confia-t-il d’un air optimiste. Le lundi 26 septembre, ce sont une cinquantaine de personnes entre élèves et parents d’élèves qui ont été reçus individuellement par le directeur pour des changements de filière ou de réintégrations pour les exclus. « On ne peut pas ne pas tenir compte des conseils de classes qui ont décidé des changements de filières en fonction des capacités de chacun et des exclus conformément à la réglementation », poursuit-il. Ce lycée mérite bien un traitement de choc qui puisse l’aider à retrouver sa sérénité, le plus tôt sera le mieux, car si la cohésion est inopérante, comment dans ces conditions, appliquer le contrat de vie scolaire imposé à tout un chacun, notamment le règlement intérieur ? Il faudrait que les règles de droit soient clairement définies au lieu qu’elles soient variables au gré des incidents et de leur gravité, des humeurs des uns et des autres, au risque de perdre le pari de faire de ce lycée une base de savoir, un havre de tranquillité ou le vivre ensemble sera effectif.

L. Beddar