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Abderrahmane Achaïbou, PDG d’Elsecom Automobile

Graves accusations contre Bouchouareb

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Le président du Conseil d’administration du groupe Elsecom Automobile, Abderrahmane Achaïbou, a ouvertement accusé l’ex-ministre de l’Industrie et des Mines, Abdeslam Bouchouareb, de corruption. Sur les ondes de Radio M (une radio web), le PDG n’a pas mâché ses mots, accusant l’ex- ministre de lui avoir demandé un pot-de-vin.

En contrepartie, il lui aurait débloqué ses projets liés, notamment, au montage automobile et au renouvellement de ses agréments de concessionnaire. «Oui, M. Bouchouareb m’a indirectement demandé de l’argent», a révélé M. Achaïbou. Ce dernier a, toutefois, fait savoir qu’il a refusé l’offre. Le PDG du groupe Elsecom Automobile affirme que l’ex-ministre lui avait envoyé des émissaires à cet effet. «Il l’a fait indirectement à travers des personnes intermédiaires», précisera-t-il.

Et de poursuivre : «Il se peut que ces prédateurs soient des gens qui se sont auto-désignés. Donc, on ne sait pas s’il les avait envoyés ou non mais aujourd’hui, le fait est là. J’ai refusé et je refuserai toujours. Ils m’ont contacté par téléphone et j’ai dit non. C’était deux mois avant que M. Bouchouareb ne soit plus ministre de l’Industrie. Les gens profitent d’une situation», a renchéri le PDG. Relatant la mésaventure de son groupe avec l’ex-ministre, le PDG explique : «Les déboires du groupe Elsecom Automobile avaient commencé avant la mise en place du cahier des charges de 2015. En 2014, nous avons créé une société Elsecom Japon Motors pour distribuer le camion Isuzu et nous avons déposé le dossier, au mois de novembre de la même année.

Nous aurions pu avoir l’agrément un mois après. Nous avons perdu 120 millions de dinars et la société a été dissoute. Nous n’avons jamais été notifiés.» A propos de la possibilité que d’autres concessionnaires aient payé pour la reprise des marques distribuées par Elsecom Automobile dans le passé, le doyen des concessionnaires a préféré jouer la prudence, attestant qu’ «on doit laisser les gens réfléchir et que chacun pense ce qu’il veut». Et le PDG de poursuivre son récit : «M. Bouchouareb avait justifié ce refus par le fait que l’Inspection générale des finances (IGF) enquêtait sur Elsecom Automobile.

Or, dans le courrier qu’il nous a adressé, le ministère des Finances avait indiqué que le groupe ne figurait pas sur le fichier national des fraudeurs». Un argument jugé «fallacieux que j’ai démonté». Et de continuer : «En 2016, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, nous avait rassurés. Il avait saisi M. Bouchouareb pour nous rétablir dans nos droits, conformément au décret 15-58 du 8 février 2015», ajoute-t-il (…) Pour soulager son partenaire sud-coréen, le groupe Elsecom Automobile lui a affirmé que le PDG n’avait aucun problème avec le gouvernement de son pays.

Cela n’a pas dissuadé les Coréens de se rendre à leur tour au ministère. A leur retour, raconte le PDG, ils m’ont dit: «M. Achaïbou, vous êtes foutu !» (…) «Des individus qui n’ont rien à avoir avec l’automobile ont repris les marques. Kia nous abandonne, après 20 ans de partenariat. Vous pensez que c’est rationnel ? Après, Kia a été reprise par Glovitz et cela veut dire que le ministre de l’Industrie n’a pas appliqué la loi», regrette M. Achaïbou. «C’est une lâcheté ! M. Bouchouareb a programmé cette faillite.

Un an et demi avant, il m’avait signifié directement que je n’ouvrais pas droit aux agréments. Entre-temps, j’ai perdu 50 milliards et j’ai traîné les gens avec moi. Nous sommes passés de 1 700 à 500 personnes !», dénonce-t-il. Sur les raisons de son silence, il répondra : «Je n’ai pas beaucoup d’expérience. J’aurais aimé que Bouchouareb me reçoive et qu’il m’explique, si je suis son ennemi. Je suis au Forum des chefs d’entreprise (FCE). Cette organisation travaille pour ce pays et c’est ce que je fais ! Si j’ai écris une lettre au président de la République, c’est parce que c’est mon ultime recours. Aujourd’hui, mes dossiers d’investissement attendent des réponses et le recours au chef de l’Etat était mon dernier espoir.»

Kamela Haddoum